Les Brèves

  • Le poids des caméras

    Avec 210 caméras, dont les deux tiers maintenant sont numériques et permettent d’avoir des images de nuit exploitables, la municipalité orléanaise continue à investir 100 000 à 150 000 € par an. « Je suis saisi régulièrement par les habitants pour l’installation de nouvelles caméras, explique Olivier Geffroy. Mais à chaque fois, la décision est soumise à étude, car l’idée n’est pas d’installer une caméra pour déplacer le problème ailleurs. On obtient pour autant d’excellents résultats, même si ce n’est pas la réponse à tous les problèmes. » Pour autant, « je veux le redire avec force, c’est un outil très utile dont on aurait du mal à se passer aujourd’hui. » Et d’ajouter des chiffres pour conforter sa démonstration : « en 2011, nous avions reçu 66 réquisitions judiciaires pour pouvoir récupérer des images vidéo. En 2017, nous sommes arrivés au chiffre de 266 réquisitions. Et, en 2018, alors que l’année n’est pas encore terminée, nous en sommes déjà à 177. » 

Orléans veut déstabiliser les trafiquants

Lutte contre les stupéfiants

Police nationale, municipale, Ville d’Orléans, Justice, représentants de l’État… Mais aussi habitants, commerçants et bailleurs : tous veulent mettre un coup d’arrêt au trafic de stupéfiants. Après neuf mois de prise d’informations et une série d’interpellations, ils estiment avoir commencé à le déstabiliser. Mais la lutte sera longue... philippe hadef

Depuis le début de l’année, l’organisation de lutte contre les stupéfiants mobilise tous les acteurs de la chaîne. Regroupés au sein du GLTB (Groupement Local de Traitement de la Délinquance), ils agissent en concertation. À l’inverse des anciennes ZSP (Zone de Sécurité Prioritaire) qui étaient essentiellement géographiques, les GLTB peuvent être basés sur une thématique unique.

C’est le choix des instances, qui ont voulu mettre un coup d’arrêt à une vraie plaie orléanaise : le trafic de stupéfiants. Si du côté de la Préfecture de Région, on continue à tenter de convaincre de l’importance de grossir les effectifs de la Police nationale, cette organisation, chapeautée par le Procureur de la République et impliquant notamment les policiers municipaux, permet de compenser cette fragilité réelle, que ne dément pas le commissaire Delage : « il est évident que nous avons un déficit de personnel, indique-t-il. Pour autant, avec l’appui de la Police municipale, nous pouvons organiser des opérations communes. »

Tolérance zéro… pour tous

Pour l’heure, si on s’attèle fermement aux quartiers marqués par cette problématique (Les Carmes, Argonne, La Source), la vigilance s’impose sur tout le territoire de la ville. Parce qu’une fois perturbés dans un secteur, les revendeurs peuvent investir un autre quartier. « C’est le cas actuellement », confirme Olivier Geffroy, adjoint en charge de la sécurité et de la tranquillité publique. Cette tranquillité, justement, a vocation à s’imposer. « Concrètement, ajoute l’élu, nous voulons croire que tout ce que nous faisons de visible ou d’invisible, notamment lorsqu’il s’agit de surveiller un réseau pour tenter de le faire tomber, participe à l’amélioration de la tranquillité publique. » Dans ce dossier, « l’écoute des riverains est fondamentale », ajoute Taline Aprikian, sous-préfète du Loiret. « En effet, renchérit Olivier Geffroy, habitants, bailleurs sociaux et commerçants participent à leur manière. D’ailleurs on ne fait pas de la sécurité malgré eux, mais avec eux. Et il va sans dire que la confidentialité de ces échanges est garantie. »

« on ne fait pas de la sécurité malgré les habitants, mais avec eux »
Olivier Geffroy 

Nicolas Bessone, Procureur de la République d’Orléans, confirme l’intérêt d’un tel dispositif conjoint. C’est notamment grâce à ses réquisitions que les policiers municipaux ont pu mener plusieurs actions, lesquelles ont conduit à 41 interpellations et mises à disposition à l’autorité judiciaire depuis janvier dernier. La Police nationale, en solo, ou avec l’appui de la Police municipale, engage quant à elle une opération par quinzaine. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la tolérance zéro s’applique. Car les consommateurs ne sont pas épargnés, et les 90 personnes interpellées pour consommation de stupéfiants entre janvier et septembre n’ont pas dérogé à la règle, devenue automatique, de la garde à vue. La réponse judiciaire, elle, semble aussi au rendez-vous. En tentant de privilégier les comparutions immédiates, « ce sont environ les deux tiers des personnes présentées au tribunal qui font l’objet d’une incarcération, précise Nicolas Bessone. Il est important d’aller du consommateur jusqu’à la tête de la filière. C’est ainsi que l’on peut fragiliser l’édifice. Mais ne nous y trompons pas, nous n’allons pas régler le trafic de stupéfiants en quelques mois. C’est un travail de longue haleine… »

Débusquer les lieux de façade

Parfois, les opérations, sur le terrain, se contentent de débusquer les caches organisées par les dealers. Et pour cela, le chien est un atout majeur. « Grâce à cet animal, nous avons ainsi saisi une vingtaine de kilos », confirme le commissaire Delage. En parallèle, il y a les longues enquêtes qui nécessitent du temps et des moyens, ainsi que la recherche de lieux de façade, qui permettent le blanchiment de la drogue. C’est le cas lorsqu’un commerce sert de base à un réseau de trafiquants. « C’est notamment ce qui explique la fermeture du bar Le Score, sur le quartier des Carmes », confirme Taline Aprikian, qui conclut : « la Police administrative est aussi un levier complémentaire mis à la disposition de ce dispositif. » 

Les Brèves

  • Un combat redevenu prioritaire

    Si aujourd’hui, toute la chaîne semble être totalement en phase sur le diagnostic et les méthodes à mettre en place pour enrayer le trafic de drogue, ce ne fut pas toujours le cas. « Le précédent Procureur de la République avait interrompu cette collaboration élargie, attaque Olivier Geffroy. Aujourd’hui, grâce à la mise en place de Groupement local de traitement de la délinquance sur la thématique unique des stupéfiants, l’information circule bien et c’est fondamental. Cela évite notamment de se marcher sur les pieds en fonction des enquêtes en cours. » À l’évidence, ce dispositif, qui n’est ni une usine à gaz, ni l’occasion d’une crise de réunionnite aiguë, porte ses fruits. Car outre les saisies, le commissaire Delage confirme que grâce à cette mobilisation générale, c’est un réseau de trafic local qui, par mois, est mis hors des rues orléanaises.