Les Brèves

    Gaël Lepingle : pirate à bord

    Prochain metteur en scène du nouveau spectacle de La Fabrique Opéra, il a récemment été récompensé pour un docu-fiction, Seuls les Pirates, tourné avec une équipe presque 100% orléanaise.

    benjamin vasset

    Mercredi dernier, il arrive en droite ligne de la salle de l’Institut, où ont lieu les auditions des solistes candidats pour incarner les personnages de Faust, la prochaine production de La Fabrique Opéra. Du one shot, comme on dirait dans un affreux anglicisme, puisque les comédiens et chanteurs ne passeront qu’une seule fois devant leur jury. Du coup, prière de ne pas se tromper sur les interprètes. Metteur en scène désigné pour mener à bien ce projet, Gaël Lepingle a pleinement conscience de sa responsabilité. « Je suis très curieux et très excité par cette aventure », dit-il, heureux de se frotter à une création de cette envergure, après avoir déjà adapté plusieurs opéras à chœur.

    Clin d’œil du destin, il va aussi succéder, à quelques années d’intervalle, à son mentor au Conservatoire d’Orléans, Jean-Claude Cotillard, maître et référent d’une génération de comédiens locaux. Plusieurs d’entre eux sont revenus il y a un an et demi à Orléans afin de tourner le film que Gaël Lepingle a imaginé pour sa bande de l’époque : Seuls Les Pirates, une œuvre à la frontière du documentaire et de la fiction, qui raconte l’histoire d’un acteur à la tête d’un petit théâtre en préfabriqué, menacé d’expulsion par un projet d’éco-quartier. Un rappel à peine voilé à l’histoire de Ludovic Douare et à son fameux Théâtre de l’Heure Bleue, à Saint-Jean-de-la-Ruelle. Celui-ci y interprète le rôle de Géro, accompagné, donc, de plusieurs comédiens orléanais, actuels ou anciens.

    « orléans a perdu un truc monumental… »

    Primé lors du récent Festival international du documentaire (FID) de Marseille, loué par Le Monde pour la qualité de son propos, Seuls Les Pirates ne sait pas encore s’il sera un jour distribué en salles. C’est là la vie d’un film à l’ombre des grosses machines du cinéma français et qui a pu se terminer par la grâce d’un financement participatif, dans sa phase de post-production. Tourné au moment de la course à la présidentielle de 2017, cette oeuvre romanesque est logiquement imprégneé de questions sociales, politiques et urbanistiques. « Par exemple, nous avons pu reconstituer un Atelier de Travail Urbain, comme il s’en déroule à Saint-Jean-de-Braye », raconte son réalisateur.

    Souquer ferme

    Parti d’Orléans il y a vingt ans pour faire une fac de cinéma à Paris VIII, Gaël Lepingle revient de temps à autre dans la ville de son enfance, ravi de pouvoir s’échapper, en moins de deux, au Métropolitain et aux pots d’échappement parisiens. Il dit cependant que l’important, à Orléans, ce sont les « gens qu’il y retrouve », et non les murs qui l’ont entouré. Il a d’ailleurs du mal à se raconter, lui ; effleure le récit de sa vie plutôt que de l’éclabousser au visage de son interlocuteur. Pudique, le bougre. « Je préfère entendre les gens me parler de ce qu’ils font plutôt que de parler de ce que je fais », justifie-t-il sobrement, au détour d’une question anodine. Il n’aborde ainsi sa passion du cinéma, forcément dévorante, que par de multiples ellipses ; se montre aussi rétif à l’idée de citer trois films qui l’ont marqué. Le sujet se porte davantage sur les autres que sur lui, comme lorsqu’il évoque, dans sa construction, le rôle de Bernard Perreau (« un grand passeur »), l’ancien président de l’APAC et des Journées Cinématographiques d’Orléans. « C’est un drame que la ville ait perdu ce truc monumental », regrette-t-il d’ailleurs, en passant. Le reste, sa vie d’artiste depuis 20 ans, on n’en entendra que des ponctuations mouchetées : ainsi apprendra-t-on qu’il fut programmateur aux États Généraux du Film Documentaire de Lussas, une expérience qui l’a ouvert à d’autres récits que ceux échafaudés par le cinéma hollywoodien des années 30-40, sa marotte de jeunesse. Ça se voit, ça se sent : Gaël Lepingle nourrit un rapport profond avec la notion de bande et de communauté. Bientôt, ils seront quelques centaines de participants, ceux de La Fabrique Opéra, à suivre ce pirate pour un abordage au long cours. 

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    • CV

      14/02/1972 : naissance à Paris

      07/2018 : récompensé au FID de Marseille pour son film, Seuls les Pirates

      04/2019 : sera le metteur en scène de Faust, au Zénith