Les Brèves

  • 2025

    C’est la date à partir de laquelle le projet Spacetrain doit être commercialisé.  

  • Hyperloop, lointain cousin...

    L’Hyperloop est un train subsonique imaginé par la Elon Musk et développée par la société Transprod. « Une première ligne commerciale à 1 000 km/h est attendue aux alentours de 2030 », annonçait en août dernier l’un des acteurs du projet. En avril 2018, un premier site d’expérimentation a été installé à Toulouse, le second devant s’installer du côté de Limoges. Cet été, Sciences et Avenir rappelait que l’Hyperloop fonctionnait sur le « principe d’un train à propulsion magnétique qui s’affranchirait des frottements de l’air en se déplaçant dans un cylindre sous-vide. »

  • Ils croient dans le projet : « On doit y aller ! »

    Philippe Fournié, Vice-président en charge des transports de la Région Centre-Val de Loire :

    « J’ai rencontré les porteurs du projet avec la Métropole. On va créer une association au niveau politique pour les soutenir. Il ne faut pas préjuger d’un nouveau projet avec les évolutions techniques que l’on connaît depuis l’an 2000. En plus, il y a, derrière, un concept qui existe. Si cela peut révolutionner le transport en commun sans avoir des infrastructures importantes et à coût équivalent, on ne peut pas se permettre de ne pas y aller ! Arriver aux portes de Paris avec une navette tous les quarts d’heure, ce serait fabuleux pour la métropole d’Orléans. Quand on voit le boom que connaît Bordeaux avec le TGV Atlantique, c’est du même ordre. Je crois que l’innovation peut irriguer aussi, à moyen terme, les territoires ruraux. »

  • Ils croient dans le projet : « Moins cher qu’une ligne TGV »

    Michel Guérin, Ancien maire de Saran et cheminot :

    « Je suis attaché à l’aérotrain, j’ai vu la ligne se construire et j’ai été visiter la plateforme de retournement à Saran. Je suis même monté avec les conducteurs et les mécaniciens à l’époque. Nous étions 40 personnes à 350 km/h sur le tronçon Saran-Artenay, mais le record, lors des essais, était de 400 km/h. Le Spacetrain, j’y crois et je les aiderai ! Il est normal de chercher des moyens modernes en matière de transports. C’est complémentaire, en plus, avec le rail, mais aussi 20 fois moins cher qu’une ligne de TGV ! »

Le Spacetrain arrive à Orléans !

50 ans après l’échec de l’Aérotrain…

C’est tout sauf une fiction : le projet d’aérotrain de Jean Bertin est en train de renaître en version XXIe siècle grâce à une startup parisienne. La navette en modèle réduit du prototype devrait être prête fin octobre et la plateforme de l’aérotrain réhabilitée fin 2019, afin d’accueillir les essais. Objectif : pouvoir commercialiser le Spacetrain en 2025 !

gaëla messerli 

Le Spacetrain est sur de bons rails, ou plutôt… sur de bons coussins d’air. « La navette dans sa version 1/5e sera prête à la fin du mois d’octobre », annonce ainsi Émeuric Gleizes, le directeur de la startup Spacetrain. Le projet est déjà présent physiquement sur le Loiret, avec des ingénieurs travaillant actuellement dans un laboratoire à Cercottes et un siège qui devrait s’implanter à Saran d’ici la fin de l’année (le dépôt de permis est bientôt prévu). Au total, quinze personnes travaillent sur cet enfant du projet de Jean Bertin, qui doit être validé d’ici 2021 grâce à des tests sur la ligne de feu-l’aérotrain, avant sa commercialisation en 2025. « L’idée est née d’une réunion avec nos ingénieurs autour de l’émergence de nouveaux transports, car les régions n’ont plus les moyens de financer les LGV, explique Émeuric Gleizes. Nous nous sommes intéressés au concept de Jean Bertin, avant-gardiste pour l’époque, et avons ciblé trois critères prioritaires : le coût, la vitesse et l’impact environnemental. L’objectif est que l’usager paye son billet au prix équivalent de celui du train aujourd’hui. Cela restera ainsi deux fois moins cher que la LGV pour les régions, et dix fois moins cher que des projets comme celui d’Hyperloop (voir encadré). Le temps est également important. »

Paris-Orléans ? Treize minutes !

Avec le Spacetrain, on pourrait ainsi, de la métropole orléanaise, rejoindre Paris en 13 minutes. Tout sauf une utopie, lorsque l’on sait que le monopole de la SNCF doit prendre fin en 2023... Une avancée pour la France, qui serait aussi exportable à l’étranger. « Nous n’avons pas vocation à aller sur le marché LGV, mais plutôt à relier les métropoles entre elles jusqu’à 300 km de distance, car l’autonomie est de 600 km. »

La vitesse moyenne estimée du bolide pour rester dans l’optique du projet est, quant à elle, potentiellement estimée à 500 km/h. Côté environnement–et contrairement au modèle de Jean Bertin, qui utilisait à l’origine un moteur d’avion à réaction–, la propulsion sera assurée par des moteurs à induction linéaire silencieux, alimentés par des batteries embarquées. L’alimentation utilisera la pile à hydrogène liquide, fabriquée par électrolyse. Pas besoin, donc, de caténaire : « on a un objectif de 0 % d’émission de CO2 », prévient Émeuric Gleizes.

Côté technique, outre les avancées technologiques comme l’utilisation de logiciel de modélisation ayant permis de rentrer dans les détails du coussin d’air pour l’améliorer, trois modèles de navette sont prévus dans le projet Spacetrain : « un grand modèle pouvant accueillir 250 personnes sur deux niveaux, une petite navette de 60 personnes et un modèle intermédiaire de 150. » Pour l’heure, c’est le prototype à échelle réduite qui occupe les esprits des équipes, ainsi que la recherche de partenaires, car le montant global du projet (prototypes à échelle 1, salaires des ingénieurs…) se chiffre à 30 millions d’euros.

Le rail de l’aérotrain réhabilité !

La réhabilitation des 9,8 km de l’ancienne voie de l’aérotrain (jusqu’au passage de l’A19) est prévue d’ici fin 2019 afin d’accueillir les premiers tests. « Nous sommes en lien avec la DDT, qui s’occupe de la partie relation avec l’État afin de trouver un accord », énonce Émeuric Gleizes. Vraisemblablement, la négociation s’acheminerait plutôt vers une location de la piste. Un coût estimé à 10 millions d’euros pour cette portion qui accueillera des tests permettant de vérifier l’efficacité des composants. Deux voies sont prévues sur la plateforme. Le lieu ne servira pas, par contre, pour faire des essais en matière de vitesse. « Nous avancerons étape par étape et nous avons en parallèle la construction de deux navettes d’une capacité de 60 personnes. Nous ne perdons pas de temps ! » De quoi animer la plaine de Beauce aux portes de la métropole… 

Les Brèves

  • La vie en l'air de philippe vasset

    De l'aérotrain au spacetrain... 

    L’aérotrain reprend vie, en cette rentrée littéraire, sous la plume de Philippe Vasset, écrivain originaire d’Orléans, qui vient de publier Une vie en l’air. Ce récit, salué par les critiques, évoque le projet de Bertin sous l'angle de ses propres souvenirs. Amateur d’espaces intermédiaires comme les zones blanches, Philippe Vasset « n’a pas choisi » l’aérotrain comme sujet : « il s’est imposé, dit-il. Quand j’étais enfant, dans les années 80, on n’en parlait pas, c’était quelque chose de honteux. Son rail dominait les champs et on ne pouvait embrasser sa forme tout en entier. Il y avait quelque chose de l’ordre de l’énigmatique, de l’absence, de l’échec », explique l’écrivain, dont on ne peut que partager le regard sur cette construction monumentale à l’orée de l’agglomération orléanaise. Un édifice qui est devenu, paradoxalement, un ambassadeur de ce bout de Loiret. « À Lyon, Paris, Bordeaux, les gens connaissent l’aérotrain », affirme Philippe Vasset.

    « J’ai vécu à l’étranger, mais je suis toujours revenu à cet environnement- là, détaille l’auteur. J’ai toujours repoussé le moment d’écrire dessus, notamment pour des raisons moyennement avouables… C’était plus qu’un simple sujet de livre. J’avais peur que le charme se rompe. » Mais les potentiels projets de promenade suspendue et le projet Spacetrain l’ont poussé à saisir sa plume afin de « monumentaliser » cette construction. En outre, pour ce qui est du projet de la start-up parisienne, il confie : « ce qui me frappe, c’est l’engouement pour l’ultra-rapide, qui est une reproduction des années 60. » Philippe Vasset voit, au-delà de la technique, une manière d’annuler la campagne en rapprochant les villes : « on sépare la France de l’utile et de l’inutile. » Pour l’heure, en suivant les pas du narrateur d’Une vie en l’air, plus d’un Loirétain se reconnaîtra et saura apprécier cette madeleine de Proust.

    Plus d'infos

    Une vie en l’air, de Philippe Vasset, Fayard, 18 €. Rencontre avec Philippe Vasset, samedi 15 septembre, à 14 h 30 à la Librairie Les Temps Modernes à Orléans. Un rendez-vous sera également organisé en novembre, à la librairie Gibier à Pithiviers.