Les Brèves

  • 800

    C’est le nombre de personnes qui ont participé à la Marche des fiertés à Orléans, en mai 2018.

  • VIH : SE FAIRE DÉPISTER AU GAGL 45

    Depuis 2009, le GAGL 45 est habilité par l’Agence régionale de santé (ARS) du Centre-Val de Loire. L’association peut procéder à des dépistages du VIH, tous les jours, sans rendez-vous et en quelques minutes. Le test, ouvert aux homosexuels comme aux hétérosexuels, est anonyme et gratuit. « Mais, tout aussi important, nous communiquons sur le « traitement post-exposition », un traitement d’un mois à prendre après le rapport sexuel pour éviter le risque d’infection du VIH, précise Ralph Souchet, le président du GAGL 45. Lorsque la première prise est faite dans les 48h suivant le rapport, il n’y a pas de risque d’avoir le VIH. » Si la personne attend plus de 48h, un autre traitement, plus adapté, sera préconisé. Pour se les procurer, il faut se rendre à l’hôpital d’Orléans ou à Porte-Madeleine.

    GAGL 45, 28 bis rue Sainte-Anne, à Orléans

« POUR EUX, L’HOMOSEXUALITÉ EST NORMALE »

Président du Groupe d’Action Gay et Lesbien du Loiret (GAGL 45), Ralph Souchet évoque l’évolution de la représentation de l’homosexualité et des homosexuels dans la société « post-mariage pour tous », et notamment chez les jeunes générations. Il fait aussi le point sur la façon dont on vit son homosexualité à Orléans. propos recueillis par Claire Seznec

Pour commencer, rappelez-nous ce qu’est le GAGL 45...

Lors de sa création en 1990, le GAGL s’appelait le GAG, pour Groupe d’Action Gay. C’était un jeu de mots car, à l’époque, il fallait créer et défendre les droits des homosexuels en matière de santé et de reconnaissance de la déportation homo pendant la Seconde Guerre mondiale. En 2000, deux femmes de l’association, Aline et Bianca, ont ajouté le « L », pour lesbien. De là, nos missions ont évolué pour s’orienter vers le combat pour l’égalité, les droits des femmes et la lutte contre l’isolement.

Qu’entendez-vous, justement, par « isolement » ?

On se rend compte que beaucoup d’homosexuels ont du mal à sortir (sic), car le regard

des autres, celui de la famille ou des collègues, peut être imposant. Le GAGL organise des apéros tous les quinze jours pour leur permettre de se rencontrer et de voir que d’autres personnes sont dans la même situation. Certains viennent tout le temps et ils s’épanouissent un peu plus à chaque fois. On ne les laisse pas seuls.

Les Marches des fiertés participent-elles, aussi, à rompre cet isolement ?

Oui. Pour certains homosexuels, il est encore difficile de marcher dans la rue, main dans la main, alors qu’ils en ont parfaitement le droit. Chaque année, à Orléans, de plus en plus de personnes marchent avec nous, donc c’est que cet événement parle à tous. Il y a des hétérosexuels, des homosexuels, beaucoup de jeunes… Ils prennent leurs droits à bras-le-corps. Ils sont là pour l’égalité ; et l’égalité est pour tout le monde.

Est-ce une manière de lutter contre l’homophobie ?

Disons plutôt qu’on essaie de désamorcer la crainte qu’ont certains qu’on leur prenne leurs droits. Le mot « mariage » prononcé lors de la loi de 2013 (voir ci-contre) a fait scandale. Pourtant, il s’agit d’un terme générique qui lie simplement deux personnes. Il faut encore l’expliquer.

À Paris, plusieurs symboles LGBT, installés par la Ville pour la Gay Pride, ont été dégradés…

Peindre un arc-en-ciel sur le côté d’un passage piéton et tendre un drapeau LGBT sur la façade de l’Assemblée nationale étaient de belles choses ; c’étaient les emblèmes de la reconnaissance et de l’inclusion. Paris a montré son soutien aux gays, aux lesbiennes et aux trans/transgenres, qu’ils soient français ou étrangers. Alors oui, cet arc-en-ciel a été tagué, mais il a quand même été repeint par la suite. Le drapeau en question a été déchiré, mais l’auteur des faits a été interpellé. Ça montre bien, en France, que tout acte malveillant est condamné.

« trois agressions homophobes cette année à orléans » 

Selon un rapport de SOS Homophobie, les agressions homophobes augmentent pourtant dans le pays…

Cette hausse est relative selon le lieu et le quartier où l’on se situe. Il existe bien une augmentation des agressions, mais il y a aussi de plus en plus de plaintes et de reconnaissances de l’acte homophobe par la Justice. La loi est là, elle est applicable et appliquée. À Orléans, on a eu trois dossiers rudes à traiter en collaboration avec la police ; des agressions qui ont été reconnues à caractère homophobe. Cela a permis aux victimes de se reconstruire psychologiquement, et c’est important.

Vous aidez également les demandeurs d’asile homosexuels…

C’est assez difficile. Un dossier demande environ trente heures de travail et les sujets abordés sont souvent tabous pour les demandeurs d’asile. Il faut savoir qu’en Afrique, par exemple, les femmes homosexuelles sont violées collectivement. On a récemment appris que les hommes homosexuels aussi. Et c’est sans compter les coups violents. C’est immonde. Les victimes sont meurtries, elles s’enfuient et, arrivées en France, cherchent de la protection. Cela fait partie des choses que nous avons à faire : leur offrir une nouvelle vie.

Mais comment agir en amont des violences ?

À l’étranger, c’est compliqué : il existe encore huit pays dans lesquels l’homosexualité est condamnée à la peine de mort et, à notre niveau, on ne peut rien changer. En France, c’est différent. Depuis 2009, les bénévoles du GAGL interviennent dans les établissements scolaires de la région Centre-Val de Loire. Aujourd’hui, les jeunes sont quand même plus à l’écoute de la lutte contre les discriminations. Ils sont d’une génération où les droits sont acquis. Pour eux, la mixité sociale est normale ; l’homosexualité aussi.

« OUI, ORLÉANS EST UNE VILLE GAY FRIENDLY ! »

Êtes-vous assez visible auprès du grand public ?

Depuis quelques années, c’est mieux. On a reçu la Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Haine anti-LGBT (DILCRAH) dans les locaux du GAGL, à Orléans. L’année dernière, on a également été reçu à l’Élysée par François Hollande, avec d’autres associations LGBT. Cela a eu une sacrée répercussion sur nos activités. Désormais, on accueille environ 80 personnes par mois, que ce soit physiquement ou au téléphone.

« il y a dix ans, quand j’allais aux commémorations, j’étais à l’écart… »

Et auprès des élus ?

Il y a eu des clivages avec les politiques et les associations LGBT, notamment concernant les commémorations de la Seconde Guerre mondiale. Il a fallu attendre 2002 pour que la déportation des homosexuels français soit reconnue. Il y a dix ans, quand j’allais aux commémorations, j’étais à l’écart. Depuis quatre ans, le GAGL participe aux préparatifs, fait partie du cortège et est invité dans toutes les cérémonies. À la synagogue, ça fait trois ans qu’on parle vraiment de la déportation homosexuelle. Notre association a aussi rencontré Mgr Blaquart, l’évêque d’Orléans, un homme qui a une belle ouverture d’esprit et accueille tout le monde dans l’Église. À Orléans, on a cette chance.

Orléans est-elle une ville « gay friendly » ?

Oui, on peut dire ça ! Ici, à la différence de Paris, il n’existe pas de bars ou de lieux spécifiques dans lesquels les homosexuels se regroupent et n’acceptent pas les hétéros. On ne vit pas en communauté et, même si j’entends ce besoin, je ne le partage pas. J’estime qu’il faut être inclus dans la société pour avancer. C’est d’ailleurs pour ça, aussi, que je me suis battu pour le « mariage pour tous ».

« IL FAUT UN VRAI DÉBAT SUR LA GPA »

À ce propos, après cinq ans de « mariage pour tous », vous sentez-vous plus inclus dans la société qu’auparavant ?

En tant qu’homosexuel, oui, on se sent intégré. On ne nous accueille pas toujours avec un grand sourire, mais la majorité des Français s’en fichent. On le voit dans les sondages : ils étaient prêts pour le mariage et beaucoup sont prêts pour la procréation médicalement assistée (PMA).

Justement, comment devenir papa ou maman lorsqu’on est homosexuel.le ?

Depuis cinq ans, un travail a été fait sur la reconnaissance des enfants dans le couple de même sexe, sur la filiation. Il y a encore à faire, mais nous avons passé une première marche. Aujourd’hui, pour un couple lesbien, il y a la mère biologique et la deuxième mère. Pour que l’enfant soit reconnu par les deux mères, le couple doit se marier. Pour les couples gays, c’est plus difficile… On demande donc un vrai débat sur la gestion pour autrui (GPA).

« il est encore demandé une abstinence sexuelle d’un an à un homosexuel pour pouvoir donner son sang… »

Qu’en est-il de l’adoption ?

Un couple homosexuel a le droit d’adopter un enfant comme un couple hétérosexuel. Il y a eu un scandale ces derniers mois : la responsable du service d’adoption de Seine-Maritime a qualifié les couples homosexuels « d’atypiques », ne pouvant accueillir que « des enfants atypiques ». Honteux !

Et côté santé, comment cela avance ?

Doucement, mais sûrement. Depuis 2017, les homosexuels peuvent donner leur plasma. Pour le don de sang, une étude est en cours depuis deux ans : il faut s’abstenir de relation sexuelle pendant un an avant de pouvoir donner son sang. On attend de connaître le résultat du rapport pour savoir si on diminue ou non le temps d’abstinence, voire si on le supprime. Tout ça vient de la peur du sang contaminé et du Sida. Ça se comprend, mais il faut aussi agir dans la prévention. Et pour ça, il faut communiquer. 

Les Brèves

  • LES GRANDES DATES DES DROITS LGBT EN FRANCE

    1982 : l’homosexualité est dépénalisée

    1990 : l’homosexualité est retirée des maladies mentales

    1998 : le Pacs est créé et est ouvert aux couples homosexuels

    2013 : la loi du « Mariage pour tous »

    est promulguée