Les Brèves

    Benjamin Perrot & Florence Bolton : Inséparables rêveurs

    Depuis plusieurs années, ces deux Orléanais vivent au rythme du classique. Ensemble, ils ont fondé La Rêveuse et sillonnent les routes pour rendre accessible et compréhensible la musique de chambre.

    claire seznec

    Halte à certaines idées reçues : les musiciens classiques ne s’habillent pas comme au XVIIIe siècle et ne sont pas royalistes. Ils sont bien ancrés dans notre société et ont surtout envie d’y contribuer, à l’instar de Benjamin Perrot et Florence Bolton, deux Orléanais originaires du sud de la France. Duo dans la vie comme sur scène, ils œuvrent chaque jour pour relier l’histoire de la musique à celles de la peinture et du patrimoine. « Ça nourrit l’imaginaire musical, c’est important d’avoir des images en tête pour ressentir la musique, estime Florence Bolton, joueuse de viole de gambe, un instrument né en Espagne à la fin du XVe siècle. D’ailleurs, on devrait enseigner la musique comme ça, mais ce n’est pas le cas... » Avec Benjamin Perrot, elle souhaite rendre attractive la musique de chambre et surtout l’expliquer pour sortir du « rituel du concert » élitiste. Le public pour ce style de musique vieillit et la relève n’a pas encore pointé le bout de son nez. « C’est un peu comme le réchauffement de la planète, image-t-elle. Si on ne fait rien pour la musique, elle va tomber dans l’oubli ! »

    De l’orchestre au duo

    Cette réflexion a cheminé toute leur vie. Lorsqu’ils ont commencé la musique, tous les deux vers l’âge de 7 ans, ils n’imaginaient pas en faire leur métier. Elle, amoureuse d’histoire et du Japon, a débuté la flûte à bec et le clavecin dans les pas de son père, un musicien anglais. Lui, d’abord sans savoir lire une partition de guitare, a suivi des études de guitare classique au Conservatoire et a monté un groupe de rock avec ses frères. Progressivement, l’idée de jouer de la musique baroque s’est imposé comme une évidence pour eux deux, chacun de leur côté. Dans la même promotion au Conservatoire de région de Paris, ils se sont retrouvés sur la même longueur d’onde, musicale puis affective. « Au début, on a joué séparément, dans des orchestres, mais ça nous travaillait beaucoup de construire des projets personnels », raconte Benjamin Perrot. De partitions en partitions, le duo s’est produit six ou sept fois par an, sur scène, avec leur propre musique. Mais il ne suffit pas d’avoir des envies artistiques pour réussir son projet. Après avoir rempli des dossiers administratifs par dizaines, l’association La Rêveuse a enfin été créée.

    « la culture en milieu rural est un vrai problème »

    En quatorze années d’existence, elle a pu évoluer : parfois, jusqu’à six musiciens les accompagnent dans un esprit collectif. Dans cette formation, l’humain compte tout autant que la technique musicale pour que « ça décolle artistiquement ». Ce souci vaut jusque dans les spectacles construits avec d’autres artistes : un marionnettiste pour une adaptation de Jack et le Haricot magique, des musiciens tourangeaux pour un concert à Chambord et à la Scène nationale d’Orléans, et encore une chorégraphe avec laquelle un projet va peut-être émerger. Si certains imaginent que les intermittents du spectacle sont tout le temps en vacances, il semble qu’ils se trompent. « Il y a une part de fantasme envers notre métier, affirme Benjamin Perrot. Pourtant, on travaille tout le temps, on n’a pas énormément de repos. » Ces dernières semaines, leurs journées de travail se sont terminées dans la soirée, vers 22 h, afin de faire le montage de leur prochain disque.

    Un prix artistique

    À l’automne, le duo va écumer les routes de la région Centre Val-de-Loire à bord de l’Opéra Bus, salle de spectacle ambulante aux décors de l’Opéra Garnier. Pendant un mois et une vingtaine de concerts, la musique baroque va résonner dans des communes du Loir-et-Cher, de l'Eure-et-Loir ou encore du Loiret. « La ministre de la Culture a dit que le Loiret et l’Eure-et-Loir sont des zones blanches culturelles, souligne Florence Bolton. Et c’est « drôle », on a eu des difficultés à prévoir des dates de tournée dans ces départements. La culture en milieu rural est un vrai problème. » Reste que cette initiative va être récompensée. En novembre, La Rêveuse va recevoir le Prix de la Fédération française d’enseignement artistique, une reconnaissance qui fait la joie des deux musiciens orléanais.

    Les Brèves

    • CV

      1988 : rencontre au Conservatoire de région de Paris

      2004 : création de l’ensemble La Rêveuse

      2018 : tournée de l’Opéra Bus