Les Brèves

    Jean-Baptiste Henneguier : L’épicier utopiste

    Suite à un événement tragique, cet Orléanais de presque 48 ans est reparti de zéro et a changé de vie. Depuis un an, il tient sa propre épicerie de vrac dans le cœur de la ville, une manière de « vivre en harmonie » avec lui-même et de « mieux vivre » dans la société.

    claire seznec

    «Bonhomie », c’est le mot qui vient à l’esprit lorsqu’on rencontre Jean-Baptiste. Il a les yeux rieurs, une voix calme et posée, et avec son tablier d’épicier, on a tout de suite envie de lui demander des conseils sur ce qu’il y a dans sa boutique. Depuis un an, cet Orléanais a ouvert un Day by Day, enseigne qui propose des aliments secs et liquides en vrac, sur la place Louis XI, en centre-ville. Jamais il n’aurait imaginé, il y a quelques années, exercer ce métier. Plus jeune, Jean-Baptiste aidait ses parents dans un commerce de la ville, « avec des surgelés, des produits frais » ; il s’était juré de ne pas faire ce job. La vie en a voulu autrement.

    « ce qui compte, c’est l’humain »

    Changer de paradigme

    Un grave accident a bousculé l’existence de Jean-Baptiste. « J’aurais dû y passer… », confie-t-il. Cette expérience a changé sa vision des choses : « je n’avais plus envie d’être sous les ordres d’un patron qui n’en a absolument rien à faire des salariés », lance-t-il. Jusqu’alors, son métier de commercial le contentait, d’autant qu’il gagnait bien sa vie. Mais, de fil en aiguille, ses réflexions se sont portées sur son mode de consommation et sa manière de communiquer avec les autres : « m**de, s’est-il dit, je veux trouver quelque chose qui corresponde à mes valeurs éthiques ». Fini les journées à prospecter en tant que commercial tout terrain. Après une vingtaine d’années de carrière dans la presse puis dans la sidérurgie, Jean-Baptiste a donc décidé de vivre en harmonie avec lui-même et avec son environnement. C’est en tout cas comme cela qu’il définit son évolution. Le déclic s’est fait un beau jour, lors d’un séjour à Nantes, en entrant dans un magasin de vrac. Deux ans plus tard, le temps de définir un projet, d’en gérer l’administratif et de trouver un local, l’Orléanais a ouvert sa boutique. Depuis, il aide ceux qui le souhaitent à changer de mode de vie notamment en réduisant ses déchets. « On ne se réveille pas un matin en changeant du tout au tout, précise-t-il. Quand on commence à y penser, ça prend du temps et il faut trouver des astuces ludiques pour avancer. » Peut-être est-ce utopiste d’imaginer pouvoir changer le monde mais Jean-Baptiste en est convaincu : chaque geste compte et si tout le monde s’y met, « un autre système », plus responsable et humain, pourrait être inventé.

    Connaître les produits

    Dans notre société quelque peu individualiste, cet « épicier de quartier », comme il aime s’appeler, prend le temps d’échanger avec les gens. S’il ne se lève plus pour ceux qui visitent le magasin comme on déambule dans un musée, il aime tout donner pour les clients. « En plus de faire leurs emplettes, ils cherchent à tisser des liens, ils cherchent l’humain derrière le commerçant », affirme Jean-Baptiste. Et lui, que recherche-t-il dans cette aventure ? L’échange, certes, mais également l’accès au vrac à tous, pas seulement à une élite « bobo orléanaise » comme on pourrait le penser. Lorsqu’on entre dans son Day by Day, on y découvre d’ailleurs une clientèle éclectique avec de jeunes couples, d’autres plus âgés, des hommes, des femmes de tous horizons. Consommer de façon raisonnée, que ce soit bio ou non, serait donc possible pour tout le monde ! Pour cela, connaître les produits est salutaire et Jean-Baptiste y met un point d’honneur. Il pourrait raconter l’histoire de chaque graine, de chaque fruit sec présents dans les bocaux. Comme le quinoa du Berry, une légumineuse originaire d’Amérique latine mais cultivée par une famille dont un membre est intolérant au gluten. « Savoir ça donne une autre saveur à la consommation, lance l’épicier. C’est quand même mieux que de pousser un caddie dans une grande surface et d’acheter des promotions de produits sans âme… ». Il confie ne plus pouvoir entrer dans un magasin lambda sans avoir la nausée. Aujourd’hui, certaines grandes enseignes proposent aussi du vrac et ont sollicité Jean-Baptiste afin de savoir comment faire pour présenter joliment ses produits. Sa réponse en a fait taire plus d’un : « ce qui compte, c’est l’humain ».

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    • CV

      1970 : naissance à Orléans

      2005 : débute en tant que commercial

      2017 : ouverture de Day by Day à Orléans