Les Brèves

    « On a une image erronée des footballeurs »

    Interview de Valère Germain

    Alors que Valère Germain a réintégré Marseille pour reprendre l’entraînement et se préparer à une nouvelle saison, nous l’avons rencontré avant son départ à Ardon, dans sa famille, aux côtés de son père, Bruno Germain, pour parler de sa carrière, de sa vie de footballeur professionnel et de son avenir... Lui qui a longtemps porté le maillot de l’US Orléans avant de partir en centre de formation à Châteauroux pour finalement se faire remarquer par l’AS Monaco, regarde aussi avec attention les Bleus progresser dans la compétition. Échanges autour d’un ballon rond.

    philippe hadef 

    Malgré les hauts et les bas rencontrés à l’AS Monaco, vous n’avez jamais désarmé, continuant à vouloir vous imposer sans chercher du temps de jeu ailleurs. Pourquoi ? Vous êtes fidèle ?

    D’abord tout s’est bien passé au début, notamment sur le plan humain. J’ai eu de très bonnes relations avec le groupe quand nous étions en Ligue 2. Et j’avais une vraie envie de réussir dans ce club qui m’a formé. Ma famille, mes proches étaient aussi installés ici, je me sentais bien, soutenu et j’aurais pu faire toute ma carrière à l’AS Monaco si à un moment nos intérêts n’étaient pas devenus divergents.

    Votre prêt à Nice a toutefois changé les choses. Comment avez-vous vécu cette saison ?

    Je savais que j’avais le niveau pour jouer en Ligue 1 dans une équipe qui pouvait évoluer aux premières places. Ce fut la confirmation que je pouvais jouer dans une équipe du haut de tableau. J’ai là aussi connu une période difficile de deux mois où je n’ai pas marqué et puis j’ai enchaîné les buts et notamment à l’Alliance Riviera, face à Saint-Étienne où je marque les deux buts qui nous envoient en championnat d’Europe.

    Je n’ai fait qu’une saison à l’OG Nice, mais j’ai gardé beaucoup de contacts avec les joueurs de cette équipe.

    Quelle place tient votre père dans votre entourage qui, rappelons-le, a notamment remporté la coupe des Champions avec l’OM en 1993 ?

    C’est un vrai soutien, et ses conseils sont justes. En même temps, c’est mon père et il est logique que je l’écoute plus attentivement que d’autres personnes. Il connaît très bien le football et tout ce qu’il fait a pour objectif de me faire avancer. Pour les transferts aussi je lui demande son avis, mais c’est moi qui prends les décisions. Je le fais en fonction du projet sportif, mais aussi de ma vie privée. Je suis marié et il faut aussi qu’on puisse s’installer dans un endroit où mon épouse peut continuer à travailler. C’est comme cela que je trouve mon équilibre aussi.

    Vous avez l’air d’un homme posé, sans strass ni paillettes. Comment vous sentez-vous dans cet univers qui a l’air souvent d’un cirque avec ses excès ?

    Je trouve que l’on a une image un peu erronée de la réalité du monde du football professionnel. La majorité des joueurs sont comme moi : Ils sont posés, tranquilles, vivent en famille. Évidemment les projecteurs se tournent plus facilement sur ceux qui aiment les paillettes. Mais ce n’est pas la réalité que je rencontre et j’aimerais que les gens le sachent.

    « c’est mon père et il est logique que je l’écoute plus attentivement que d’autres personnes »

    Signer à Marseille, votre ville natale en somme, même si vous avez grandi à Orléans, ce fut un moment particulier je suppose ? Comment l’avez-vous vécu ?

    Cela faisait déjà longtemps que l’OM était entré en contact avec mon entourage. Mais là j’ai senti que c’était le bon moment. Je n’avais plus la confiance de l’AS Monaco et il y avait un beau projet sportif. J’ai dit oui tout de suite. Après, évidemment, j’étais très excité les premiers jours et quand j’ai enfilé pour la première fois le maillot de l’Olympique de Marseille c’est un rêve de gosse qui se réalisait.

    Je suppose que pour votre père aussi ce fut un grand moment ?

    Tout le monde était heureux dans mon entourage. Avec cette arrivée à l’OM, c’est la confirmation que ma carrière venait de prendre le tournant que j’avais toujours espéré.

    Et l’équipe de France ? Vous avez été très performant en équipe espoirs, est-ce aujourd’hui un objectif pour vous ? Et surtout, qu’est-ce qui à votre avis, vous manque pour intégrer l’équipe nationale ?

    Plus de régularité, être plus décisif... Le groupe actuel est composé de grands joueurs, mais évoluer à l’Olympique de Marseille devrait m’aider. On est plus exposé. Mais avant tout il faut que je sois encore meilleur si je veux espérer une sélection. Si cela ne devait jamais arriver, j’aurais en tout cas la sensation d’avoir donné mon maximum. Mais il est clair qu’il faut toujours faire plus.

    Au niveau des critiques, on vous trouve trop peu agressif sur le terrain ? Qu’en pensez-vous ?

    C’est mon jeu qui est comme ça. D’autres comme Lucas Ocampos ne manque pas d’agressivité (sourire). Moi je suis plus dans le déplacement et l’intelligence de jeu. C’est ainsi que je joue.

    Avez-vous déjà rencontré des membres du staff de l’équipe de France ces derniers mois ?

    Non je n’ai rencontré personne. Certes, ils viennent voir souvent les matchs mais les rencontres s’organisent principalement avec les joueurs qui font déjà plus ou moins partie du groupe de l’équipe de France.

    Quel est votre regard sur le parcours des Bleus (*) ? On sent à la fois un gros potentiel et parfois d’étonnantes fragilités. Quelle est votre impression ?

    C’est une évidence qu’il y a à la fois un gros potentiel et aussi de la fragilité. C’est une équipe très jeune. Certains jouent leur première grosse compétition internationale en équipe nationale. Mais il faut se rappeler que pour beaucoup la saison a été longue, il y a la chaleur et enfin des horaires de matchs plutôt inhabituels. Alors c’est vrai que l’on a manqué d’allant dans les premières rencontres, mais on a vu comment les choses évoluent dans le bon sens contre l’Argentine. On a réussi à se qualifier en étant moyen et si l’on continue ainsi à élever notre niveau de jeu...

    Vous avez quelques contacts avec certains joueurs de l’équipe de France ?

    Oui, on s’envoie quelques textos avec Thomas Lémar et évidemment avec Flo (Florian Thauvin). Il était évidemment très déçu de ne pas avoir pu fouler la pelouse pendant les premiers matchs. En revanche, il était aux anges d’avoir pu entrer sur le terrain contre l’Argentine même si ce n’était que pour deux ou trois minutes.

    (*) L’interview a été réalisée après la victoire contre l’Argentine et donc avant la rencontre contre l’Uruguay.

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