Les Brèves

  • Vivastreet poursuivi pour proxénétisme aggravé

    Le mouvement du Nid a, en 2016, déposé plainte contre le site Vivastreet (*). Un an plus tard, le Parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire pour proxénétisme aggravé contre X.

    Vivastreet, deuxième site d’annonces en ligne français, n’est évidemment pas le seul à servir d’intermédiaire. D’autres n’hésitent pas à mettre en garde les clients éventuels sur certaines arnaques et expliquent en toutes lettres comment s’en prémunir. On peut ainsi comprendre en creux que ce site n’a aucun doute sur la nature des annonces qu'il héberge et la nature tarifée des prestations évoquées dans le descriptif.

    (*) La direction de Vivastreet a été contactée par nos soins et n’a pas souhaité faire de commentaires. 

  • Arnaques pour pigeons non-avertis

    Si ceux avec qui nous avons pu converser étaient généralement déçus, d’autres comptent encore l’argent perdu sans que la rencontre n'ait pu aboutir. C’est le cas de ce jeune trentenaire, marié et sans enfant. « J’espérais vivre un moment particulier car ma vie de couple n’est pas exceptionnelle sur le plan sexuel ». Alors il a surfé et découvert le site Vivastreet et ses annonces nombreuses. « J’ai envoyé un sms au numéro indiqué et le tarif était très intéressant »... Trop intéressant. Et comme souvent, quand la promesse est trop belle, l’arnaque n’est pas loin. « Elle m’a demandé de faire un mandat transcash », une transaction qui peut se faire facilement dans la plupart des bureaux de tabac. Ce fut d’abord 50 euros, puis par téléphone, la demande d’un supplément de 50 euros. « J’ai vu que ça tournait au vinaigre. J’avais déjà perdu 50 euros, j’espérais que ce nouvel envoi débloquerait la situation ». Et comme la crédulité parfois empêche de regarder les choses en face... ce sont 100 euros qui se sont envolés. « Elle en demandait toujours plus, j’ai compris cette fois que je venais de me faire arnaquer ». Difficile ensuite d’aller porter plainte !

  • La police en mode silence

    Malgré plusieurs demandes formulées d’interview de la responsable du service spécialisé du commissariat d’Orléans, effectuées comme de coutume par la voix officielle à la Direction Départementale de Sécurité Publique, nous nous sommes confrontés à un refus.

De moins en moins visible de plus en plus nombreuse

Prostitution dans le Loiret

On estime à environ 900 le nombre de prostituées dans le Loiret en ajoutant à la prostitution traditionnelle (268 personnes identifiées) celle qui fleurit sur Internet profitant du laxisme (voire plus) de certaines plateformes de petites annonces. Aujourd’hui, deux ans après la promulgation d’une loi pénalisant les « prostituteurs », en l’occurrence les clients, des commissions départementales sont rendues obligatoires pour identifier, sanctionner les proxénètes et faciliter la sortie de ces femmes de plus en plus jeunes de la spirale de la prostitution.

philippe hadef

La prostitution est au pire une nuisance pour les riverains – ce qui a suscité des arrêtés municipaux –, au mieux un délit. Elle était tout du moins vécue comme telle puisque la prostituée était souvent considérée, elle-même, comme une délinquante.

Le curseur a évolué depuis la loi du 13 avril 2016 pénalisant cette fois le client avec une amende jugée dissuasive de 1 500 euros.

Dès lors, ce que l’on nomme avec un peu de légèreté le « plus vieux métier du monde » s’est adapté aux nouvelles technologies et s’est fait plus discret. Ce mouvement était d’ailleurs antérieur à cette nouvelle législation, même s’il n’a fait que s’amplifier ces dernières années. Le web offre en effet une panoplie tellement large et une telle facilité de mise en contact qu’elle a très vite été prise en considération par les réseaux, allant même jusqu’à organiser des « sex tour », les prostitués allant de ville en ville à un rythme effréné (souvent tous les trois jours).

« à ce jour, aucun client n’a été verbalisé dans le département par les forces de police ou de gendarmerie »
Chantal Hureau, du Mouvement du Nid

Pour ce qui est de la prostitution de rue que l’on pourrait nommer comme « conventionnelle », elle exprime une baisse significative de la clientèle qu’elle met clairement sur le compte de cette nouvelle législation. Chantal Hureau, du Mouvement du Nid (association loi 1901 agissant sur les causes et les conséquences de la prostitution) n’a pas la même lecture : « à ce jour, aucun client n’a été verbalisé dans le département par les forces de police ou de gendarmerie – 2 122 clients ont été verbalisés dans le reste de la France –. Et enfin, la prostitution cachée dans des bars à hôtesses ou des salons de massage existaient bien avant qu’Internet ne prenne cette importance dans le quotidien des Français ».

Mais là où cette loi prend tout son sens, c’est sur le parcours de sortie qui est intégré dans le texte et qui nécessite au préalable la création d’une commission (commission départementale de lutte contre la prostitution, le proxénétisme et la traite des êtres humains aux fins d'exploitation sexuelle) qui vient juste d’être mise en place dans le Loiret (*) par le préfet. « Voilà. Maintenant les choses vont changer car on va pouvoir proposer un vrai parcours même si y accéder n’est pas si simple ». Il faut en effet sortir des griffes des proxénètes mais aussi sortir d’une situation de gains rapides et de violences qui s’est inscrite comme une forme de fatalité. D’autres conditions liées aux ressources financières peuvent aussi être un frein.

Un âge moyen de début de prostitution à 14 ans

« La marchandisation du corps devient de plus en plus banale pour les jeunes. Pour la moitié des très jeunes adolescents, le modèle de sexualité est celui proposé par la pornographie où la violence est omniprésente, où le jeune adolescent ressent la nécessité de performance et la femme se laisse imposer l’imaginaire de soumission. L’éducation sexuelle permettant de passer un message d’égalité n’est pas assez développée et on peut faire un parallèle avec l’évolution d’une prostitution qui débute de plus en plus jeune ». Pour le Mouvement du Nid, cette situation crée les conditions d’une multiplication des agressions sexuelles et fait perdre les repères du respect du corps. Un regard déformé qui va parfois pousser à la marchandisation de façon volontaire même si ces jeunes femmes et parfois ces jeunes hommes n’ont pas conscience de l’engrenage dans lequel ils mettent le pied, même pour ce que l’on a coutume d’appeler les « occasionnels ».

« Comprenez, ajoute Chantal Hureau, que l’âge moyen d’entrée dans la prostitution est de 14 ans selon les études menées sur ces victimes ». Une prostitution qui concernerait officiellement 34 mineurs dans le département et qui débute par des cadeaux en échanges de relations sexuelles avant que la situation n’évolue vers une véritable tarification. Il arrive même que ces très jeunes femmes deviennent elles-mêmes des recruteuses, y compris dans des lieux censés les protéger comme les foyers pour mineurs.

Terrorisme et prostitution

Il reste néanmoins l’espoir de voir évoluer l’attitude de toutes les institutions avec cette nouvelle loi sur la prostitution. « Cette législation repose sur quatre piliers : le renforcement de la lutte contre le proxénétisme, la verbalisation des clients et l’obligation pour eux de faire un stage sur le monde prostitutionnel. Autre pilier, l’éducation sexuelle des jeunes. Une action de prévention qui doit permettre de respecter la femme et le corps des autres. Et enfin, la mise en place d’un parcours de sortie pour les aider à s’en sortir ». Mais il faut quand même ne pas tomber dans le piège des annonces et Chantal Hureau sait que la mise en place va prendre du temps.

Reste que pour le Mouvement du Nid du Loiret, qui est en contact permanent avec la prostitution conventionnelle, celle-ci est aussi le point d’arrivée de nombreux flux y compris ceux issus du terrorisme. « Dans la prostitution visible, 70 % des femmes sont d’origine africaine. On voit ainsi débarquer des migrants. Car si l’on ne voit dans les médias que les hommes, les femmes, elles, se retrouvent souvent prises dans la nasse des réseaux de prostitution avant même leur départ. De surcroît, on peut également croiser des jeunes nigérianes ». Des nigérianes enlevées dans les villages par les groupes terroristes islamistes de Boko Haram, lesquels tirent l’essentiel de leur revenu de la prostitution « et que l’on peut retrouver dans notre pays. On parle beaucoup de l’aide aux migrants, mais qui mentionne les réseaux de traite des êtres humains dans ce même univers ? ».

(*) Sont membres de cette commission les autorités ainsi que les représentants des institutions  : le préfet, la directrice départementale déléguée de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale, la directrice départementale de la sécurité publique, le directeur interrégional de la police judiciaire, le commandant de groupement de gendarmerie, la directrice des migrations et de l’intégration de la préfecture, la directrice de l’unité départementale de la Direccte Centre-Val de Loire, le directeur académique des services de l’éducation nationale, le Parquet d’Orléans, l’Ordre des médecins, le Conseil départemental, les Mairies d’Orléans, de Saint-Jean-de-Braye, de Montargis, de Pithiviers et l’association du Mouvement du Nid.

Les Brèves

  • Clients, sexe, arnaques et déception

    La prostitution n’est pas le lieu de tous les fantasmes. Elle est souvent présentée sous une forme glamour et beaucoup de clients déchantent une fois sur place. Témoignages.

    Il n’est évidemment pas simple de rencontrer les clients des prostituées locales. Pour autant, sur certains sites où les hommes et les femmes s’affichent et permettent même de laisser des commentaires ou encore sur certains forums, il est possible d’entamer le dialogue en profitant de l’anonymat du web.

    Évidemment, peu d’entre eux évoqueront leur situation familiale mais, à l’évidence, beaucoup sortent déçus. « J’ai vu les photos sur Internet. Elle semblait superbe. La localisation en centre-ville d’Orléans était également un avantage. Mais au final, la personne qui m’a reçue était très loin physiquement de la promesse faite sur le site. Et, pour ce qui était pour moi une première expérience, quelque chose m’a choqué. Certes, elle a été accueillante, mais pendant l’acte, elle détournait le regard. Cela m’a fait finalement culpabiliser. Je ne suis pas allée au bout de l’expérience et j’ai préféré partir ». On comprend en effet assez vite avec ce témoignage que les photos ne peuvent être prises réellement au sérieux et que l’intitulé de l’annonce, s’il est engageant, n’est rien d’autre qu’un texte marketing. Dans la réalité, et le précédent témoin en fait la démonstration, on est plus concrètement dans le cadre d’une violence imposée.

    Un autre exprime sensiblement la même chose : « oui évidemment qu’il y avait un décalage entre la photo et la personne. Mais ce n’était pas ma première fois alors je m’y attendais. En revanche, l’aspect mécanique de l’acte, sanctionnant à mon avis le fait que je n’avais pas prévu de petit « bonus » n’a rien apporté à l’expérience. Finalement, c’était très décevant ».

    Décevant est souvent le mot qui revient dans la bouche de ceux qui ont été tentés par l’aventure en passant par un site Internet. Il est vrai que l’absence de tarif immédiatement présent, les textes alléchants, font vibrer l’imagination. Mais une fois sur place, dans des appartements souvent sordides, ne se reflète qu’une réalité froide : celle d’une marchandisation du corps, d’une violence infligée, très loin des promesses d’extase qui s’expriment sur l’annonce.

  • Témoignages : Ce qu’elles veulent bien en dire

    Difficile d’entrer en contact avec ces prostitués. Et pour cause, pour elles, la discrétion est souvent leur meilleure protection. Mais par bribes, parfois, la discussion téléphonique finit par faire émerger une part de vérité. « Aujourd’hui je suis à Orléans, demain je serai à Angers ». Cette Roumaine qui parle un français approximatif réalise ce qu’il est convenu d’appeler un « sex tour ». Elle nous reçoit dans un appartement du centre d’Orléans. Elle n’ira guère plus loin dans ses commentaires et répondra à une unique question : se sent-elle en sécurité ? « Quand le client devient trop dangereux, j’appelle la police, la plupart du temps cela suffit à le calmer ». C’est probablement là, l’un des bienfaits de cette loi sur la pénalisation des clients. À en croire l’association du Nid, par le passé, elle n’aurait jamais osé appeler car ces femmes, que l’on devrait avant tout considérer comme des victimes, étaient, elles, encore considérées comme des délinquantes.

    Une seconde, visiblement française et dont la présentation sur Internet annonce un âge de 19 ans – sans que cela puisse évidemment se vérifier –, avoue avoir cédé à la facilité : « J’aurais fait quoi ? Serveuse dans un restaurant. J’étais en galère. Je ne compte pas faire ça toute ma vie, mais pour l’instant c’est de l’argent rapide. Ce n’est pas pour autant que j’arrive à faire des économies », ajoute-t-elle dans un rire. Et quand on lui demande si son terrain de prédilection reste Orléans, elle ajoute : « Je voudrais pouvoir organiser des tournées, notamment sur la côte. Mais pour cela il faut que je trouve une personne de confiance avec qui m’associer ».

    Pour cette troisième et ultime personne à avoir bien voulu échanger quelques mots – sur plusieurs dizaines de tentatives d’échange, il s’agit d’une jeune étudiante chinoise. Arrivée depuis peu en France, elle ferait ses études à Paris et se prostitue à Orléans pour éviter les interactions entre ses deux vies. Probablement parce qu’à l’écouter, la journée a été calme, elle se confie rapidement sur sa famille : « ma mère est décédée depuis plusieurs années et mon père est malade au pays. Alors, avec mes frères, on essaye de le prendre en charge ». Reste que comme beaucoup, elle aurait pu choisir une autre voie pour gagner de l’argent. Mais elle ne s’exprimera pas sur le sujet. En revanche, elle dira dans un dernier commentaire « aujourd’hui j’ai très mal au ventre, heureusement que la journée est calme ». On imagine clairement que si un client venait à prendre rendez-vous, elle devra afficher un sourire de circonstance et souffrir en silence...