Les Brèves

  • 2021

    C'est l'année qui devrait permettre le déploiement du nouveau matériel à destination des dizaines de milliers de passagers de notre territoire.

La Région veut sauver le ferroviaire !

Transports régionaux et interdits

La ponctualité et le maintien des lignes existantes d’abord, le changement de matériel roulant ensuite... La Région, autorité organisatrice du transport ferroviaire a mis la pression sur la SNCF à l’occasion de la renégociation de son contrat courant jusqu’en 2020. Mais de son côté, le gouvernement est monté au créneau et a défini les lignes à « surveiller » et éventuellement à fermer. La Région n’a que peu de temps pour démontrer la viabilité, ou alors...

philippe hadef

La question n’est pas de penser comment fermer les lignes mais au contraire comment les moderniser et les maintenir ». C’est avec cette posture volontariste que François Bonneau a ouvert la dernière session plénière du conseil régional qui ne fut consacrée qu’à un seul volet : les transports ferroviaires et la renégociation de son contrat avec la SNCF ainsi que le plan d’urgence nécessaire pour sauver les lignes régionales en danger.

Il est vrai que le rapport Spinetta remis au Premier ministre, il y a quelques semaines, préconise la fermeture de plusieurs lignes sur le territoire régional. Édouard Philippe n’a pas suivi immédiatement les préconisations mais souhaite un audit territoire par territoire. Un répit en quelque sorte ou plus précisément un compte à rebours. « six lignes sont concernées* » commente Philippe Fournié, vice-président en charge des transports et de l’intermodalité. « Mais on ne va pas rester inerte. Il y a une urgence car une fois que ces trains régionaux seront contraints de rouler à 40 km/h sur certaines portions – lesquelles, compte tenu de leur vétusté, ne pourront supporter une vitesse plus importante –, ce sera bel et bien la condamnation pure et simple de ces liaisons ». D’autant qu’une fois que ces lignes seront passées dans le « rouge », tout investissement sera stoppé, signant définitivement leur arrêt de mort.

Et les voyageurs ne sont pas les seuls touchés par cette situation. Les lignes de fret, souvent encore moins bien entretenues que le reste du réseau, pourraient en souffrir. « Ces lignes capillaires de fret qui intéressent directement nos entreprises sont déjà prises en compte ». Et faute d’avoir un engagement national pour les maintenir en état, quand l’ensemble des collectivités sont en phase « nous avons décidé de participer à hauteur de 30 % environ, idem pour les intercommunalités ou communes et une part de ces travaux est même prise en charge par les chargeurs eux-mêmes ! ».

250 millions pour sauver ce qui peut l’être

Quant à ces lignes régionales en danger, qui ont à la fois un rôle de mobilité, un rôle social et d’aménagement du territoire « nous n’allons pas attendre les experts nationaux ». Avant que le couperet ne tombe, un plan d’urgence a été mis sur pied qui devra mobiliser une enveloppe de 250 millions : « Afin de conduire ces travaux, nous proposerons à l’État un engagement commun en faveur de l’aménagement équilibré du territoire régional et de la ruralité. Pour chaque opération, déduction faite des fonds propres que SNCF Réseau investira, nous nous engageons à financer 50 % du reste à charge, à parité avec l’État ».

Des dépenses nouvelles pour la collectivité qui compte aussi sur une augmentation des recettes. Si les évolutions dans la convention entre la SNCF et la Région a multiplié par deux le plafond des pénalités pour retard (passant de 1 million à 2 millions par an), ce n’est pas sur ce volet-là que compte la Région mais bien sur une nouvelle politique tarifaire plus attractive et une lutte accrue contre la fraude. Car ce sont environ 10 % des recettes qui s’envolent. C’est d’autant plus préoccupant pour la Région que le billet ne correspond qu’à un tiers du coût réel du trajet. Et que, de surcroît, les voyageurs sont de moins en moins nombreux.

« nous n’allons pas attendre les experts nationaux »
Philippe Fournié, vice-président en charge des transports 

L’équation est simple : moins de recettes, plus de dépenses (urgentes pour certaines et programmées pour d’autres). Dès lors la notion d’attractivité du réseau passe au premier plan ainsi que la lutte contre la fraude. D’autant qu’en plus des TER il faudra maintenant prendre en considération les trois Intercités qui passent sous la coupe de la Région. Et ayant acquis la liberté tarifaire, la Région travaille actuellement sur une nouvelle gamme, « plus lisible, plus attractive, qui devrait permettre de faire revenir les usagers qui ont abandonné les transports ferroviaires au profit de nouveaux services aux plus petits prix ». Un enjeu majeur, une nécessité qui frôle même l’urgence, si la Région veut continuer à investir (le budget transport est le plus important de toutes les lignes budgétaires de la région) et donner des gages à l’État pour le maintien des lignes en souffrance.

À l’exception du Front National qui a décidé de s’abstenir, tous les autres groupes ont voté favorablement pour cette politique offensive.

(*) six lignes sont directement concernées par une possible fermeture avec précédemment un ralentissement en lien avec la vétusté des rails qui allongerait le temps de trajet, signant ainsi leur arrêt de mort : Chartres – Courtelain, Tours – Loches, Dourdan – La Membrolle, Tours – Chinon, Bourges – Montluçon.

Les Brèves

  • À savoir

    « Négociations âpres »

    Pour les trois lignes Intercités qui passent sous gestion régionale, les négociations financières ont été particulièrement acharnées. La SNCF avait dans ses cartons une proposition à 61 millions d’euros (à ajouter aux 150 millions pour les TER) avec une compensation de l’État de 49 millions... « Pas acceptable » pour Philippe Fournié, vice-président en charge des transports. L’apport final devrait s’élever à 196 millions (220 millions avaient été provisionnés lors du vote du budget primitif). Dans le même temps, la SNCF s’est vu imposer des objectifs clairs sur la ponctualité, sur la lutte contre la fraude (baisse de 1 point par an), et devra même obtenir un avis préalable de la Région pour toute modification des horaires d’ouverture des points de vente et des outils de distribution.

    Quant à la ponctualité, les objectifs sont ceux-ci : pour les TER 92,7 % et pour les Intercités 85 % en 2020 (un objectif qui doit croître chaque année alors qu’il est fixé pour 2018 à 83 %).


    Orléans gronde

    Florent Montillot, pour le groupe UDC s’est exprimé sur la situation des lignes entre Orléans et Paris. « La dégradation s’accélère depuis trois ans » explique celui qui est un utilisateur quotidien de cette ligne. « Car il ne s’agit pas seulement des retards mais aussi des trains qui ne partent pas parce que le conducteur n’est pas là, ou le contrôleur ou même parfois la motrice ». Cette ligne concerne 7 000 passagers quotidiens qui souffrent aussi d’une saturation de la ligne à multi-utilisateurs. « Nous allons nous mettre prochainement autour de la table » a répondu Philippe Fournié. « Il est en effet nécessaire de travailler à une co-construction pour la gestion de cette ligne. Il faut que l’on retravaille les priorités et les horaires. Et cette démarche sera entamée ligne par ligne ».


    Bienvenue Rémi Express

    Il est évident que l’on n'attire pas des mouches avec du vinaigre. Et pour ramener des voyageurs dans les trains, il faut que la qualité de service soit à la hauteur des attentes. Le matériel roulant va donc continuer à évoluer. « Imaginez que certains trains encore en fonction ont été commandés sous Pompidou, pour ceux qui se souviennent qui il est... », commentait avec humour Philippe Fournié.

    Alors, d’ici 2021 les « Rémi Express » arriveront dans les gares avec, probablement une couleur jaune doré du plus bel effet paraît-il. La note, elle, s’élèvera à 453 millions. Ces nouveaux trains commandés à l’entreprise Bombardier offriront un niveau de confort inégalé avec un siège plus large, le Wi-Fi, une accessibilité de plain-pied et une vitesse de pointe de 200 km... Si évidemment les lignes accueillant les Intercités sont en état de supporter une telle vitesse.