Les Brèves

  • Son avenir

    Olivier Boyer dit n’avoir « aucune idée » sur la date à laquelle se terminera sa mission au CHRO. « Je suis là jusqu’à ce que là-haut (à Paris, ndlr), ils décident… », répond-il. De là à « fêter » son départ en retraite à Orléans ? « Non, je changerai avant », rétorque-t-il.

« Ce sera difficile, mais faisable »

Olivier Boyer, directeur du Centre Hospitalier Régional d’Orléans

Le retour à l’équilibre de l'hôpital d'Orléans pourra bel et bien être réalisé dans les trois ans à venir, pense son directeur, qui parle aussi de la volonté du CHRO de faire progresser l’offre médicale dans la région grâce, notamment, au développement de la recherche. propos recueillis par benjamin vasset


Pour commencer, qu’est-ce qui marche bien, aujourd’hui, à l’hôpital d’Orléans ?

O.B : Beaucoup de choses… Nous avons un très bel hôpital que nous avons mis peu de temps à faire fonctionner, même s’il y a eu quelques problèmes au début. Cet établissement a changé de monde, presque de siècle. Nous avons de nouveaux équipements, de nouvelles activités médicales et des ambitions importantes pour répondre aux besoins des populations. Nous sommes maintenant entrés dans une deuxième phase, celle de la construction d’un Groupement Hospitalier de Territoire qui doit faire sens, puisque l’État nous demande de construire le parcours des patients à l’échelle des territoires et que le nôtre est sous-doté en professionnels de santé.

D’autres motifs de satisfaction ?

Quoi qu’on en dise, le service des urgences fonctionne bien, tout comme notre filière de cancérologie, avec une prise en charge globale des cancers et des moyens technologiques modernes. Nous avons inauguré le 30 mars un 4e accélérateur dans le service d’onco-radiothérapie. En radiothérapie stéréotaxique, nous sommes en capacité de traiter de toutes petites tumeurs, et on n’a absolument rien à envier aux plus grands centres de radiothérapie et de cancérologie du pays. Ensuite, l’enjeu important, c’est de garder davantage les patients dans la région. 94 000 personnes vont travailler à Paris et vont parfois y consulter, faute de médecine libérale sur Orléans. Enfin, la contribution du CHRO à la formation médicale doit être forte. Nous voulons augmenter le nombre d’internes et de post-internes, parce qu’on sait que les médecins s’installent davantage dans les lieux où ils terminent leur formation. Aujourd’hui, nous avons 150 internes, contre 77 quand je suis arrivé, il y a huit ans. Nous avons recruté aussi une centaine de médecins. Le but, c’est de renforcer l’universitarisation de l’hôpital et de développer la recherche.

Sur ce point, n’y a-t-il pas un manque de communication de la part de l’hôpital ?

Non, je ne crois pas. Il y a eu des articles sur ce qu’on fait en ostéoporose ou en recherche génétique sur l’autisme. Le grand public doit d’ailleurs savoir que la recherche clinique contribue aux soins, puisque, sous conditions, on peut inclure les patients dans des essais thérapeutiques. On a ainsi gagné cette année un PHRC (Programme Hospitalier de Recherche Clinique) aux côtés du CHU de Tours. On veut amplifier ce mouvement.

Quel est votre avis sur l’implantation éventuelle d’une première année de médecine à Orléans ?

Pour moi, ce n’est pas la priorité, car ce qui amène des médecins à Orléans, c’est l’internat et le post-internat. Moi, je veux contribuer à ce qu’il y ait davantage de professionnels de santé sur le nord de la région Centre-Val de Loire.

Comment jugez-vous le travail de lobby qui est fait par les pouvoirs publics pour inciter les médecins à s’installer en région ? Peut-il avoir une efficacité quelconque ?

Je salue le travail du conseil régional. Comme je l’ai dit, nous sommes sur un territoire sous-doté. Après, nous faisons ce qu’on peut pour être attractif et la recherche, c’est aussi bon pour les patients que pour les professionnels de santé. Parce que mener des projets de recherche reste très motivant.

Le vieux serpent de mer d'un CHU à Orléans revient à intervalles réguliers. Franchement, ne serait-il pas temps de clore une fois pour toute cette hypothèse ?

Le temps, on le sait, n’est pas à la multiplication des CHU. Donc, il nous faut travailler aux côtés de Tours. Notre seul objectif, c’est d’avoir plus de personnels de santé sur le territoire et à Orléans. C’est ça la priorité ; pas de faire un CHU et de se battre pour des questions de pouvoir ou d’ego.

Dans quel état de santé se trouve aujourd’hui le CHRO ? On a beaucoup parlé des 75 postes qui devaient être supprimés en février, dont 50 de soignants…

Nous sommes dans une situation financière tendue, liée d’un côté à un contexte national de grande rigueur et de l’autre à l’ouverture du Nouvel Hôpital. On a fait un effort d’investissement très important, qui nous a fait créer 200 emplois. On a eu une forte hausse de l’activité en 2016 mais, au contraire de ce que nous avions imaginé, celle-ci s’est stabilisée en 2017. Cet effet ciseaux nous a contraints à adopter un plan de retour à l’équilibre. Nous avons fait une première étape pendant l’été 2017 qui s’est bien passée, même s’il y a eu quelques mouvements. Et puis nous avons eu une deuxième étape en fin d'année, avec un plan que nous avons bâti progressivement. Nous avons élaboré 17 mesures, dont l’une d’elles passe, effectivement, par la suppression de 50 postes de soignants. Mais je rappelle que nous avons, sur trois ans, 30 % de recettes supplémentaires à trouver et 70 % d’économies à faire, soit à peu près 15 M€ en tout.

Mais vous n’avez pas l’impression d’être, déjà, à l’os ?

C’est très difficile et très sensible, mais nous ne sommes pas le seul établissement hospitalier à devoir faire des efforts. Après, il n’y a pas de recette miracle. Des outils nous permettent de comparer le taux d’occupation des services, les durées d’hébergement et d’ajuster ainsi notre activité. Quand on fait des économies, on touche forcément aux effectifs, qui représentent 70 % des dépenses d’un hôpital. Il faut donc revoir des processus et notre organisation, en rappelant, quand même, que la mission d’un hôpital reste évidemment de soigner les patients.

Les syndicats disent que ces efforts vont justement se répercuter sur les patients…

On doit faire, ensemble, qu’il n’y ait pas de dégradation de la qualité des soins. Les syndicats disent que ce n’est pas possible. Je dis que ce n’est pas facile, mais que c’est faisable.

Le nouvel hôpital n’a-t-il pas vu trop grand ?

Depuis le début de l’année, on n’a plutôt pas assez de lits. L’hôpital n’est pas surdimensionné. Mais c’est vrai que cet hôpital comporte des techniques logistiques et médicales extrêmement modernes, et donc des frais d’entretien beaucoup plus élevés.

L’hôpital est donc entré en cure d’austérité ?

Non, parce que ça sous-entend qu’il y a une diminution des moyens, et ce n’est pas le cas, puisque les moyens affectés à la santé dans notre pays continuent à progresser. Il y a, par contre, des éléments exogènes : on n’a plus beaucoup d’aides d’exploitation, même si, d’un autre côté, notre aide à l’investissement reste très importante. Mais on applique le choix de la représentation nationale, qui est de mieux contrôler les dépenses de santé.

Demandez-vous aux personnels, et notamment à ceux de la maternité, de raccourcir l’hospitalisation des patients ?

Oui. Effectivement, il y a un mouvement de développement de l’ambulatoire car, dans ce pays, nous voulons continuer de garantir l’égalité de l’accès aux soins pour tous et aller vers une médecine personnalisée. On a raison, mais cela coûte extrêmement cher. Du coup, il faut contenir les dépenses de santé liées à l’hébergement et à sa durée. Donc, effectivement, j’avais demandé de raccourcir la durée des hébergements en maternité. J’ai fait une réunion avec les personnels le 28 août dernier et je leur avais demandé de m’aider. On avait trouvé un accord et ils m’avaient dit : « oui, on va le faire ». Bon, après, ils sont repartis dans un mouvement social… Je rappelle qu’ici, la maternité a une durée moyenne de séjour plus longue que dans des établissements identiques avec des pathologies identiques. Et qu’évidemment, le but n’est pas de pénaliser les femmes qui en ont besoin.

Pensez-vous voir un jour les salaires des personnels hospitaliers augmenter de façon substantielle ?

Il y a eu des évolutions de rémunération relativement importantes depuis vingt ans. Et le Gouvernement continue, malgré les contraintes économiques et les plans de retour à l’équilibre, à augmenter les bas salaires. On a tendance à penser que, comme les infirmières font un travail humain, elles ne sont pas assez payées, et c’est vrai que les salaires à l’hôpital ne sont pas très importants. À titre personnel, je serais d’accord qu’elles soient mieux rémunérées. Mais où met-on le curseur ?

Un directeur d’hôpital n’est-il finalement pas pris entre le marteau et l’enclume ?

Il l’est s’il n’a pas de projets. Un directeur, c’est un médiateur. Il doit comprendre le sens de l’évolution du système de santé et tenter de l’expliquer avec pédagogie. La santé, c’est très précieux, et il y a une part d’irrationnel dans les débats. Effectivement, demander des économies sur la santé, ça peut paraître illégitime, mais ce n’est pas nouveau : depuis 1973, on contraint en France l’évolution des dépenses de santé.

Y a-t-il plus de plaisirs que d’emmerdes à être directeur d’un tel paquebot ?

Le plaisir, c’est les emmerdes. En venant ici le matin, je sais que je vais être contrarié toute la journée. Mais c’est pour cela qu’il faut porter des projets et être dans une vision. Je comprends que les gens aient du mal à la percevoir, puisque plus les années passent et plus l’étau se resserre. Mais l’expression qui dit que l’hôpital en France est à l’os, je l’entends depuis les années 90…

Certains disent que l’architecte du CHRO n’a pas dû visiter très souvent des hôpitaux pour avoir conçu des bâtiments aussi grands, avec des distances si importantes…

Les architectes qui ont dessiné le CHRO sont des spécialistes de l’hôpital. Cet établissement a été très bien conçu et d’ailleurs, j’entends déjà moins de critiques des personnels. Après, il est là, donc il faut faire avec. C’est un grand bâtiment de 200 000 m2 et de 1 300 lits. Même moi, j’ai d’abord été impressionné par la taille de cet hôpital et de son hall. Mais je crois que la signalétique et le code couleurs dans les parkings fonctionnent bien. On a aussi essayé de limiter les déplacements, et notamment ceux des personnels, avec un système de transports automatisés lourds et un réseau pneumatique approprié. Après, je suis d’accord que si l’on vient en tram, le chemin est un peu long. Mais sinon, les ascenseurs fonctionnent – ce n’est pas le cas dans tous les hôpitaux – et des patients m’ont dit que le CHRO était silencieux et lumineux.

Les patients, en environnement hospitalier, évoquent souvent leur impression d’être des numéros. Doit-on revoir la formation des médecins pour améliorer leur empathie ?

Du temps de Rabelais, la médecine était un humanisme. La seule chose qu’on avait, c’était l’empathie. Aujourd’hui, la médecine est scientifique et on sélectionne d’abord les médecins sur la base de leurs compétences spécifiques et techniques. L’empathie, ils l’apprennent en soignant les gens et par compagnonnage. Arriver à concilier les deux, c’est un grand écart, c’est, en quelque sorte, marier les contraires. Et c’est toute la difficulté de ces métiers.

Avec le temps, l’empathie naturelle n’a-t-elle, au contraire, pas tendance à diminuer ?

Des médecins resteront empathiques jusqu’à 75 ans, et d’autres ne le seront jamais, même s’il s’agit d’une minorité. Mais tous ont conscience que c’est le patient qui guérit. Bien sûr, il peut y avoir de la lassitude et du désintérêt. Dans ce cas-là, ils peuvent faire autre chose.

La loi sur la fin de vie doit-elle évoluer ?

Ce sujet demande de profondes réflexions. On est à la lisière du droit, de la philosophie, de la liberté individuelle, de la religion… Je peux juste vous dire que nous sommes dans un pays latin où la mort est un sujet plus tabou que dans les pays anglo-saxons.

Mais vous, directeur d’hôpital, quel est votre rapport à la mort ?

Je n’y pense pas vraiment. Avant, je ne voulais pas le voir (sic), mais plus j’y réfléchis et plus je me dis que la mort fait partie de la vie, et je dis ça sans idées préconçues sur l’après… Mais les médecins et les personnels sont plus qualifiés pour parler de cela et de la bonne distance qu’ils doivent adopter par rapport à leurs patients.

Une distance comparable à celle qu’il y a entre un directeur d’hôpital et ses personnels… ?

En plaisantant, je dis effectivement qu'eux soignent les malades et que moi, j’essaye de m’occuper d’eux… Mais oui, forcément, le management, c’est de l’exigence et de la bienveillance. Si on n’en a pas, il ne faut pas faire ce boulot. Même si certains vous diront sans doute que je suis un monstre froid… 

Les Brèves

  • La clinique de Gien reprise

    Olivier Boyer l’a confirmée : le CHRO va reprendre l’activité de la clinique Jeanne d’Arc de Gien. « Notre mission, dans le cadre du GHT, c’est de soutenir l’offre de soins sur le territoire et d’élaborer des parcours de patients qui ont du sens, a expliqué le directeur du CHRO. Donc, on veut maintenir une activité chirurgicale sur la clinique de Gien, sinon elle fermerait. Les personnels craignaient qu’on ait des suppressions d’emplois à faire, mais, à quelques exceptions près, on va les reprendre. » 

  • 110 000

    C’est le nombre de passages annuels aux urgences du CHRO, selon Olivier Boyer