Les Brèves

    Blocage à l’Université d’Orléans

    Mouvement social

    Mardi, à l’appel d’un comité de mobilisation réunissant étudiants syndiqués et non syndiqués, le bâtiment principal de l’UFR de Lettres a été bloqué. Mais des examens et des cours ont pu avoir lieu. La protestation va-t-elle durer ? B.V


    La contestation a mis du temps à arriver à Orléans. À croire que la discrétion ouatée dont fait habituellement preuve la cité johannique a déteint sur ses étudiants… Lesquels ont, cette semaine, rattrapé le train de la protestation en bloquant mardi matin l’entrée principale de l’UFR de Lettres-sciences humaines. Pourquoi un tel retard ? « Il fallait laisser le temps de mobiliser », a justifié Jonathan Bruneau, le leader de l’UNEF Orléans, principal syndicat d’étudiants. Devant les bâtiments désertés, un prof d’anglais non syndiqué racontait n’avoir pas vu se lever une telle fronde depuis sept ans au moins… « Ce blocage, on aurait peut-être pu l’éviter s’il y avait eu de la concertation », soupirait-il. Et de pester : « ça fait trois ans qu’on fait une offre aux rabais aux étudiants… »

    Une précision, toutefois : en début de semaine, l’ambiance n’était pas spécialement à la révolution et aux barricades à l’entrée de l’UFR de Lettres. Rien à voir avec les images renvoyées par les facs parisiennes, Tolbiac et Nanterre en tête. Cinquante ans après mai 68, les étudiants orléanais mobilisés ont cependant repris à leur compte certaines recettes utilisées par leurs prédécesseurs : blocage, donc, mais aussi barrage filtrant et occupation de salle pour discuter, débattre et échanger.

    Une « convergence des luttes » ?

    Mardi matin, les étudiants présents et actifs espéraient être « plus de soixante » lors de l’assemblée générale de fin de semaine. Celle-ci devait décider de la poursuite d’un mouvement dont on ignore à quel point il est objectivement suivi par les étudiants du campus. Mais pour Jonathan Bruneau, de l’Unef, il ne faisait pas de doute que la contestation grandissait. « Le questionnaire qu’on a distribué hier (lundi, ndlr) sur la sélection à l’université nous a montré qu’il y avait 15 % de participation en plus », avançait-il mardi matin. Dans le combat qu’il représente, il assurait en outre être soutenu par les autres syndicats de « travailleurs ». « Nous, on soutient le mouvement des cheminots. On rejoint toutes les luttes, on défend le service public. » Le porte-parole de l’Unef Orléans assurait aussi que son mouvement « ne ferait pas de concessions. » Avec l’espoir, vrai et réaliste, de parvenir au retrait de la loi ORE (voir encadré) ? « Certes, ce gouvernement ne recule pas beaucoup. Mais si on regarde dans le passé, des lois ont été retirées… »

    En écoutant Stéphanie Rist, députée (LREM) du Loiret qui a bûché sur le dossier à l’Assemblée nationale, il y a cependant peu de chances que le Gouvernement bouge. « Dans ce texte, il n’y a pas de sélection à l’entrée de l’université, assure-t-elle. Avec ce Plan, on renforce quand même l’accès à la culture, à la santé et au soutien individualisé des étudiants, qui sont une population que j’ai envie de protéger. Mais on n’est pas dans une société qui va assez bien pour se permettre de tout bloquer. » Mardi matin, aucune rencontre entre les parties n’était cependant calée dans les agendas des uns et des autres. 

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    • Que veulent-ils ?

      Une partie des étudiants se battent contre la « sélection à l’université » que leur promet selon eux la loi relative à l’Orientation et la Réussite des Étudiants (ORE). « On réduit l’accès à l’enseignement supérieur », affirment-ils. Vendredi dernier, un étudiant en seconde année d’anglais nous expliquait tout le mal qu’il pensait de la réforme consistant, pour les bacheliers, à écrire une « lettre de motivation » pour intégrer une filière. « C’est complètement dévalorisant, estimait-il. Tout le monde ne sait pas en faire ! Cela crée un obstacle supplémentaire. » La modification possible de l’arrêté-licence datant de 2011 et qui garantit pour le moment la compensation des notes, les rattrapages ou les heures minimum de cours, est aussi battue en brèche par les étudiants mobilisés.