Les Brèves

    « Vers une marchandisation de l’apprentissage »

    Cathy Münsch-Masset,

    vice-présidente de la Région Centre-Val de Loire en charge de l’apprentissage


    L’apprentissage pose-t-il problème en France ?

    Pas complètement : si l’on compte l’ensemble des voies, on a quand même 2 millions d’apprentis en France contre 1,5 en Allemagne. En revanche, il y a des freins français, avec une certaine méconnaissance et dévalorisation de l’apprentissage qui pose des problèmes d’orientation. Nous, régions, revendiquons d’avoir un rôle plus important à jouer dans ce domaine, car l’Éducation nationale n’est pas la mieux placée pour faire la jonction entre les métiers de demain et la façon dont les jeunes peuvent se projeter dans leur avenir.

    Pourquoi les Régions sont-elles vent debout ?

    Nous voulons réformer, mais se pose le problème des modalités. Avec le financement au coût-contrat (c’est-à-dire avoir des contrats pour avoir des financements), on va vers une espèce de marchandisation de l’apprentissage. C’est une fausse-bonne solution, qui risque de fragiliser l’offre et de créer des usines à gaz. En étant sur une logique au forfait, on fragilise les équilibres territoriaux et économiques. Or, je pense que ces équilibres-là doivent relever d’une politique publique.

    Les branches sont-elles compétentes pour gérer l’apprentissage ?

    Ce qu’on dit, c’est : « chacun son boulot ». Les branches doivent avoir un rôle renforcé dans l’intermédiation avec le milieu économique, dans la mobilisation des entreprises, etc. Mais pour parler d’apprentissage, il faut une organisation territoriale, et beaucoup de branches n’en ont pas. Leur réorganisation prendra du temps, et on risque donc d’avoir un vrai trou d’air. De plus, certains métiers ne sont pas du tout structurés en branches. Enfin, certaines d’entre elles connaissent bien l’apprentissage, mais d’autres pas

    du tout…

    Les Régions veulent-elles en fait garder leur « pré carré » ?

    Certains bruits ont couru selon lesquels les Régions n’emploieraient pas complètement le fruit de la taxe d’apprentissage* à financer l’apprentissage, et que nous ferions du gras sur celle-ci. Ce procès n’est pas juste : en Région Centre-Val de Loire, sur les cinq dernières années, on a fait plus que ce que nous permettaient cette recettes. C’était un choix politique.

    Selon vous, le statut de l’apprenti peut-il être fragilisé ?

    Le projet de réforme doit préciser certains points mais il y a à craindre que, demain, on soit plutôt dans une politique du chiffre et que les questions sur l’accompagnement d’un jeune viennent au second plan. Je vois aussi que les politiques périphériques (aides à la mobilité, au premier équipement, à l’hébergement…) n’ont pas encore été évoquées, alors que ces sujets sont fondamentaux. En fait, on a l’impression que le parcours de l’apprenti n’est pas au cœur de cette réforme. 

    * Les Régions en géraient jusqu’alors 51 %. 

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