Les Brèves

  • 18,3 %

    C’est l’écart de salaire annuel net moyen entre les femmes (moins payées) et les hommes dans le Centre-Val de Loire.

Vous avez dit égalité salariale… ?

Égalité femmes / hommes dans le Centre-Val de Loire

De meilleurs résultats au bac, des études poussées… Mais des emplois peu payés, souvent à temps partiel : dans la région Centre-Val de Loire, les femmes actives sont bien moins loties que les hommes sur le plan salarial. C’est le constat qu’a fait la semaine dernière l’Insee, à l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme. claire seznec



Grande cause nationale du quinquennat, l’égalité entre les femmes et les hommes continue de faire débat. Après les premiers combats féministes et les récents droits acquis par les femmes (droit de vote depuis 1944, droit à la contraception depuis 1967, loi Veil pour l’interruption volontaire de grossesse depuis 1975, mixité dans les établissements scolaires publics depuis 1976, politique d’égalité des chances en 2000, etc.), l’enjeu concerne aujourd’hui « l’égalité réelle » dans la vie quotidienne. « Dans toutes les générations, dans tous les milieux, les inégalités impactent la vie privée et professionnelle des femmes », estime Nadia Bensrhayar, directrice régionale aux droits des femmes et à l’égalité en Centre-Val de Loire. Car s’il existe bien des lois sur la parité politique et sur l’égalité salariale entre les femmes et les hommes depuis 2006, ces textes peinent à être mis en application. En cause, probablement : l’éducation, la société, les préjugés, ou encore les freins que se mettent les femmes elles-mêmes.

« C’est un long chemin, mais il y a tout de même des évolutions : on voit par exemple qu’en début de carrière professionnelle, les femmes et les hommes ont un niveau de salaire relativement proche », précise Yvonne Pérot, directrice régionale de l’Insee. Reste qu’à l’entrée sur le marché du travail, une femme est en moyenne payée… 1 000 € de moins qu’un homme pour un parcours scolaire, un diplôme, un poste et une entreprise identiques ! Et plus les années passent, plus le gouffre se creuse, pouvant atteindre, en fin de carrière, jusqu’à 8 000 € de différence ! Dans le Centre-Val de Loire, en quinze ans, la différence de salaire entre une femme et un homme, à durée et à temps de travail identique, n’a diminué que de 1,5 point. Aujourd’hui, une femme gagne environ 18 % de moins qu’un homme.

Plus de qualifications, moins de temps complets

Selon les statistiques régionales de l’Insee établies du diplôme national du brevet passé à la fin de la classe de 3e au collège, un écart existe déjà : les filles ont de meilleures résultats que les garçons ! Cette tendance demeure jusqu’au passage du baccalauréat, qu’il soit professionnel, général ou technologique. « Dans la poursuite d’études, on voit également beaucoup plus de jeunes filles en classe prépa et à la fac », complète-t-on à l’Insee. Dans l’académie d'Orléans-Tours, un peu plus de 80 % des étudiants ayant un master en enseignement, et entre 60 et 65 % des étudiants ayant un diplôme en santé ou d’une licence, sont… des femmes. Ces dernières entrent ensuite dans le monde du travail, mais occupent souvent des postes mal rémunérés, situés en bas de l’échelle socio-professionnelle notamment, et étrangement dans les secteurs « féminisés » comme le service aux particuliers, le commerce, l’hébergement et la restauration. « Il y a plus de femmes dans les activités les moins rémunératrices, et c’est l’inverse pour les hommes : plus il y a d’hommes dans un secteur d’activité, plus le salaire est élevé », décrit Vincent Bernard, chef de service des Études et statistiques à l’Insee. La moitié des femmes actives de la région se trouve ainsi dans douze familles professionnelles, dont les agents d’entretien, les enseignantes de maternelle et d’écoles primaires, les employées administratives de la fonction publique, ou encore les aides-soignantes et vendeuses.

« une égalité salariale prévue pour… 2 280 ! »

Pourquoi les femmes sont-elles ainsi majoritairement cantonnées à ces activités peu rémunératrices ? Parce que « 85 % des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes », explique-t-on à l’Insee. Et le temps partiel est, de fait, moins payé que le temps complet. La maternité amène souvent les femmes à se mettre à temps partiel, que ce soit par choix… ou non. En effet, parmi les actifs occupés, 16,9 % des femmes sans enfant travaillent à temps partiel, contre 28 % pour les mères de deux enfants et 37,8 % pour les mères d’au moins trois enfants. « Dans le Centre-Val de Loire, 41,1 % des mères de famille nombreuse ayant au moins un enfants de moins de trois ans sont inactives ». Elles pourraient, par la suite, avoir des difficultés à reprendre un travail à temps complet, tant par « devoir » familial (aller chercher les enfants à l’école, s’occuper d’eux, faire les courses, le ménage…) que par refus de potentiels employeurs, prévient l’Insee.

« à diplôme égal, le différentiel peut atteindre 1 000 € dès le début de carrière ! »

Certes, les statistiques précitées « expliquent » les écarts salariaux entre les femmes et les hommes, mais en partie seulement. Yvonne Pérot, la directrice régionale de l’Insee, précise en effet que « 12 % de ces écarts restent inexplicables » et pourraient être dus aux stéréotypes et préjugés qui circulent, encore aujourd’hui, sur les femmes. Si les écarts salariaux ne se réduisent pas plus rapidement, l’égalité salariale sera pour… l’an 2 280. « Heureusement », Murielle Pénicaud, la ministre du Travail, veut rendre obligatoire l’égalité salariale en sanctionnant l’inégalité salariale d’ici 2022. Réalisable ? 

Les Brèves

  • « Nos droits doivent être effectifs ! »

    Sur la place de Gaulle d’Orléans, le 8 mars dernier, lors de la Journée internationale des droits des femmes, le syndicat Solidaires, le planning familial du Loiret ou encore le Groupe action gay et lesbien (GAGL) du Loiret se sont rassemblés avec un mot d’ordre : « parler des inégalités pour plus d’égalité ». « Chaque année, on dit la même chose, lançait Cathy, du syndicat Solidaires. Certes, de plus en plus de femmes sont représentées dans la société, mais il subsiste des inégalités salariales et des violences sexistes. Il faut sans cesse réaffirmer nos droits et demander à ce qu’ils soient réellement effectifs », continuait-elle, soulignant la non-obligation de résultats de la loi de 2006 sur l’égalité salariale entre les femmes et les hommes. En informant les citoyens et les entreprises, syndicats et associations disent vouloir faire avancer les choses, « pas seulement le 8 mars, mais tous les jours de l’année ». Ils aimeraient également que d’autres prennent part à ces questions : « il faut s’impliquer, pas juste en parler, affirme Cathy. Certains pensent qu’en parler suffit, mais les actes qui suivent les paroles manquent encore… »