Les Brèves

    Florian Truchot : Raging « bulle »

    Tout seul ou presque, cet Orléanais, récent vice-champion du monde militaires, s’entraîne comme un dingue pour participer aux JO de Tokyo en 2020. Avec la rage au ventre et une devise qui en dit long sur sa mentalité : « deuxième, c’est le premier des perdants… »

    benjamin vasset

    Toute l’année, par tous les temps, Florian Truchot nage. Beaucoup. Vingt-deux heures par semaine et six bornes par jour au minimum. Sans compter son heure et demie quotidienne de musculation. Pour le nageur du dimanche qui boucle en haletant son kilomètre de brasse coulée, ces chiffres donnent le vertige. Mais la victoire est à ce prix : discipline « ingrate » par excellence, la natation est probablement, avec le cyclisme, le sport individuel le plus dur qui puisse exister. « Pour faire vingt-deux secondes sur 50 m en compétition, je m’inflige des heures d’entraînement », reconnaît Florian Truchot. Il y a peu, terrassé par une vilaine grippe, il a quand même pu/dû trouver la force de se jeter à l’eau et d’enchaîner quelques longueurs. « Je ne peux pas m’arrêter trois jours », justifie-t-il, sous peine de perdre le bénéfice de la routine quotidienne à laquelle il s’astreint et qui l’a mené, en décembre dernier, sur la deuxième marche des championnats de France en petit bassin sur 50 m papillon. Une perf’ remarquable, mais qui n’a pas pour autant déclenché de folie médiatique autour de lui. Le garçon en est conscient : « tant qu’on n’est pas champion olympique, on n’est rien. »

    « Le mental est primordial »

    Les Jeux de Tokyo, en 2020, font pourtant focaliser son corps et son esprit durant les deux prochaines années. Il veut y participer, en individuel et/ou en relais, pour croquer la pomme qu’il fait mûrir tous les jours. Forcément, les Jeux de Paris, en 2024, sont aussi dans un coin de sa tête. « J’ai envie, mais je n’irai pas dans les mêmes conditions qu’aujourd’hui », précise-t-il. Son regard se fait plus dur, sa gorge se crispe. Même s’il est bien entouré par son entraîneur – Vincent Hurel – et sa préparatrice physique, Florian Truchot se sent parfois seul au monde. Bien sûr, son club, l’ASPTT, lui paye ses stages et son seul sponsor, Jaked, ses équipements. Pour le reste, la bouteille semble bien plus vide que pleine : la Fédération Française de Natation ne lui verse rien, la bourse étudiante qu’il touche lui rapporte 1 000 € par an, soit à peu près la somme que pourrait lui octroyer la Ville d’Orléans si elle acceptait sa demande de bourse. Pas de quoi concurrencer le compte en banque de Michaël Phelps, son modèle, ni même de quoi s’offrir un logement à Orléans. À 22 ans bientôt, Florian Truchot vit en effet chez ses parents, parce qu’il « n’a pas les moyens de faire autrement ». En recherche de sponsors et partenaires privés, il regrette amèrement que la ville qu’il représente ne l’accompagne pas davantage dans son entreprise. « Je n’ai aucun dialogue avec eux, ils ne savent pas que j’existe », lance-t-il. Il est à peu près certain que Florian Truchot se sert de ce ressentiment pour décupler sa motivation tous les jours que Poséidon fait. De son langage corporel transpire une évidente rage de vaincre, bien qu’il se dise « timide » et « vachement solitaire ». Pudique, aussi, et taiseux : « certains de mes amis ne savent même pas que je suis sportif de haut niveau... »

    « Si tu travailles, je te respecte »

    Son cercle social s’est d’ailleurs forcément transformé depuis qu’il a choisi d’abandonner en L3 ses études de géologie et de se consacrer exclusivement à son sport. Un choix fort mais assumé à 100 %, convaincu qu’il est le bon. « Je veux me donner une chance », martèle le nageur, en tâchant en parallèle d’affiner désormais sa préparation invisible. En début de saison, il a ainsi revu son alimentation, mais pas dans un sens attendu… « Je me force à manger plus », avoue-t-il, lui dont le gabarit reste relativement fluet – toute proportion gardée – pour un sprinter. « J’ai pris quatre kilos depuis septembre, c’est bien », se satisfait-il, racontant en sus les contours de sa vie d’athlète, ou d’ascète, c’est selon. « Une bière de temps en temps, jamais pris de cuite, jamais touché à une cigarette », énumère-t-il, sans que ces aspects-là paraissent lui coûter. L’effort est sa vertu cardinale ; il privilégie d’ailleurs la preuve par l’acte et indique sommairement « ne pas aimer les branleurs ». « Par contre, j’ai énormément de respect envers ceux qui bossent et font tout pour y arriver », pose-t-il. Lui veut devenir le premier, et rien d’autre. La rançon de son travail ; le salaire de sa sueur.

    « le plaisir, c’est le résultat avant tout »

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    • CV

      03/04/1996 : naissance à Roussillon (38)

      2012 : arrivée à Orléans

      12/2017 : vice-champion du monde militaires 4*100 m en nage libre mixte