Les Brèves

    Trublion Poésie nue

    Du beatbox dans la cour de récré au studio d’enregistrement avec son groupe La Vie d’Artiste, cet Orléanais de 32 ans jongle avec les mots, les rimes et les tournures de phrases. Son flow rappé aux teintes de funk et de groove ouvre une nouvelle voie au hip hop.

    claire seznec

    « Je t’ai donné ce que j’avais / De quoi chanter, de quoi rêver », chantait dès 1954 Léo Ferré dans la chanson La Vie d’Artiste. Cette phrase résonne en un accord parfait lorsqu’on rencontre Thomas, alias Trublion, le rappeur du groupe orléanais nommé La Vie d’Artiste, en hommage à… Ferré. Cet Orléanais amoureux des mots et d’écriture a « pris une claque », un jour où il lisait les textes poétiques de l’auteur-compositeur-interprète monégasque. « J’en ai parlé à des potes, Supa (compositeur) et David (bassiste), et ils ont tout de suite été partants pour qu’on en fasse quelque chose », se souvient Thomas. Certes, il a fallu quelques années pour sortir un premier album, en 2013, de reprises ferréennes au son groovy d’un nouveau genre, entre le jazz et le rap. Mais le succès fut quasi immédiat : l’année suivante, après avoir gagné un concours, le groupe monte sur la grande scène des Francofolies. « On a été surpris d’être pris ! Là-bas, c’était une super expérience, on y est resté une semaine, on a vu plein de concerts, on pouvait aller en backstage…. », raconte Thomas, un sourire étirant ses lèvres. Petit bémol, si c’en est un, aucun contact sérieux avec des producteurs ou des artistes n’a abouti. Tant pis, l’aventure ne pouvait pas s’arrêter là.

    L’amour des lettres

    Depuis qu’il sait écrire, Thomas estime avoir cette envie de coucher ses réflexions sur papier. Sa matière favorite était donc, presque comme une évidence, le français. « D’ailleurs j’ai fait un DUT de journalisme, à Lannion (Bretagne) et j’ai travaillé plusieurs années comme pigiste à Orléans (notamment pour La Tribune, il y a une dizaine d’années…) », explique-t-il, confiant au départ vouloir s’orienter vers le journalisme musical à la radio, un média qui le passionne. Il décida finalement d’arrêter, ne trouvant pas chaussure à son pied.

    Aujourd’hui, entre son boulot, ses ateliers d’écriture pour les jeunes Orléanais et son intérêt pour la permaculture, ce désormais trentenaire prend sans cesse des notes, les idées arrivant tout le temps au gré des rencontres, de l’actualité et des bouquins qu’il lit. La dernière chose qui a fait « tilt » chez lui ? Un mystérieux « décor par la fenêtre »… Sur la table où nous conversons, un dictionnaire et ces fameuses notes inscrites à l’encre bleue expriment du reste son incessant besoin d’écriture. « Les mots sont une combinaison de sens et de son (…) / L’écriture c’est la revanche du perdant / Sûrement, je ne la conçois qu’avec du mordant », entend-on d'ailleurs le rappeur déclamer dans le titre La chanson d’après, issu du dernier album du groupe, Utopies en ruine. C’est sans doute pour cela qu’il n’écrit pas des heures durant, mais qu’il travaille ses textes, mots après mots, jusqu’à l’enregistrement. Car accorder la diction par les sons – et surtout le rythme –semble primordial pour celui qui aurait aimé apprendre la batterie. « Parce que quand on est gosse, c’est assez spectaculaire et qu’on aime taper partout pour produire des sons… »

    Le doux son du vinyle

    Sans doute est-ce cet attrait pour les bing, bang, tching de la batterie qui l’a amené à écouter du rap, celui de Mc Solaar et d’IAM, à la radio. Dans la cour du collège, son grand jeu était de faire des battles de beatbox et de freestyle avec ses potes. C’est comme ça qu’il s’est ouvert une porte vers le monde du hip hop, d’abord pour rire, puis plus sérieusement.

    Avec ses acolytes (Supafuh, David Hazak, Quiet Dawn, Pierre-Erwan Grenet), Thomas planche déjà sur la suite alors qu’un vinyle du deuxième album de La Vie d’Artiste (Utopies en ruine, 2016) vient à peine de sortir chez deux disquaires indépendants d’Orléans. « C’est fou comme le son est bien meilleur que sur CD ! », lance le rappeur. Le groupe devrait donc continuer à semer le trouble en tordant le rap dans tous les sens pour lui donner différentes tonalités. Il s’oriente vers le trip hop, exquis mélange de hip-hop, de funk, de jazz ; et se fait sa place dans le monde musical de la région. « À Orléans, on a une grosse scène rock même si le hip hop se défend bien, précise le trublion. Pour le trip hop, la scène régionale se développe, du coup ça colle parfaitement avec nous et on peut travailler avec des artistes tourangeaux. C’est presque du sur-mesure. » Et continuer ainsi à battre la mesure sans aucune censure.

    « en écoutant ferré, j’ai pris une claque »

    Les Brèves

    • CV

      1985 : naissance à Orléans

      2010 : création du groupe La Vie d’Artiste

      2016 : sortie d’Utopies en ruine