Les Brèves

    Laure Danilo : Mots pour MOBE

    À 32 ans, elle est devenue cet été la nouvelle conservatrice du Muséum d’Orléans pour la Biodiversité et l’Environnement (MOBE). Même si l’établissement est aujourd’hui fermé au public car en pleine rénovation, cette « paléontologue et évolutionniste » de formation ne manque pourtant pas de travail en ce moment…

    benjamin vasset

    Avec Olivia Voisin au Musée des Beaux-Arts ou Maud Le Pladec à la tête du CCNO, elle fait partie de ces nouveaux visages qui font et vont continuer à faire le renouveau culturel et artistique d’Orléans. Son minois, pourtant, est encore un peu moins visible que celui de ses consœurs. Cela n’est pas anormal, puisque l’établissement qu’elle dirige est en complète restructuration et n’ouvrira ses portes au public qu’en… 2019. À cette date, un MOBE flambant neuf succédera à ce Muséum d’Histoire Naturelle old school qui avait grand besoin d’un toilettage. Pourquoi Laure Danilo, 32 ans et Montpelliéraine jusqu’à mars dernier, a-t-elle été choisie pour incarner cette perspective ? « Ce n’est pas à moi de le dire, répond-elle, mais je pense avoir une détermination assez forte et être alerte sur un certain nombre d’enjeux. »

    Décloisonner et ouvrir

    Jeune, avenante, pointue dans ses domaines de prédilection, elle fait aussi valoir une vraie ambition de décloisonnement des savoirs et d’ouverture aux publics. « Il n’est pas admissible que l’on réserve les musées à une élite convaincue », lance-t-elle, à son tour convaincante pour faire passer l’idée que pousser la culture scientifique hors des ses prés (et racines) carré(e)s ne pouvait être que bénéfique à tout le monde. Elle annonce cependant n’avoir reçu aucun objectif quantifié en termes de fréquentation – « on espère juste atteindre les entrées d’avant la fermeture du Muséum, c’est-à-dire entre 60 et 75 000 par an » – et ne pas être gouvernée par la tyrannie du chiffre. « Un rayonnement international ne se jauge pas à l’aune du nombre de visiteurs », justifie-t-elle. Une autre façon de dire qu’elle veut aussi (re)placer le MOBE sur la carte de la recherche scientifique internationale, via l’organisation de colloques ou par l’ouverture des collections orléanaises aux chercheurs du monde entier. Pour ce faire, elle s’attèle en ce moment à une tâche pluridimensionnelle, qui passe du développement des partenariats à la construction des futurs parcours d’expo. « Jusqu’à la semaine dernière, je travaillais sur le choix des spécimens exposés, à peu près 1 500 sur une collection de 430 000… » Chasser le détail pour n’en garder que l’essentiel : c’est la mission à laquelle elle doit s’astreindre pour présenter prochainement des données qui puissent être les plus intelligibles possible. Cela s’appelle « vulgariser », et ce principe la ravit. « Je me refuse à dire que certaines choses sont trop compliquées pour être compréhensibles », avance-t-elle.

    Connaître et transmettre

    Thésarde de haut niveau, Laure Danilo a, au fil de ses études, resserré ses champs d’expertise et de connaissance. Étudiante, elle voulait pourtant tout dévorer : « après le bac, la biologie et la géologie ont été ce que j’avais le moins envie de lâcher... », rappelle-t-elle. Au fur et à mesure, elle a ensuite souhaité devenir médiatrice du savoir, au sens premier du terme : une nouvelle orientation qui l’a menée à la direction du MOBE. Y proposer sur trois étages un condensé exhaustif de l’histoire du vivant s’avèrera une œuvre inexpugnable, elle le sait, mais les sensibilités qu’elle contribuera à piquer seront autant de cailloux semés vers l’éveil de consciences éclairées. « Faire ce métier est ma façon à moi de m’impliquer », insiste-t-elle. S’impliquer « sans tomber dans la culpabilisation », mais avec, tout de même, une légère pointe de pessimisme : « les extinctions d’espèces ont toujours existé, mais elles ne se sont jamais faites sur une échelle de temps aussi courte… »

    Hors de toute contingence professionnelle, il y a bien une espèce qu’elle protège et couve de tout son cœur : le cheval. Avant de renoncer lors d’un stage de 3e à une carrière de vétérinaire équin (!), elle montait depuis ses huit ans et possède toujours une monture qu’elle compte rapatrier prochainement dans le Loiret. Des rênes à tenir et un musée à conduire : sans aucun doute, il y a bel et bien, au MOBE, un pilote dans l’avion.

    « ma façon de m’impliquer, c’est d’être ici »

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    • CV

      02/10/1985 : naissance à Nantes (44)

      2012 : docteur en paléontologie

      2017 : prend ses fonctions de conservatrice du MOBE