Les Brèves

    Sets Huellou : La femme-araignée

    Entre sa Bretagne d’origine et son Orléans d’adoption, cette aquarelliste a parcouru de nombreux chemins, essuyant des échecs, fêtant ses réussites. La dernière en date comporte des couleurs, des aiguilles et se nomme Bleu Venin, un studio de tatouage orléanais.

    Claire Seznec

    Installée dans un gros fauteuil en cuir bleu délavé, une tasse de café chaud entre les mains, avec de la harpe en fond sonore, Seti souffle un peu. Elle vient de terminer un tatouage tout de rose et de bleu, style aquarelle, sur le bras d’une jeune Orléanaise : après deux heures du « bzzz » de la machine, se poser un peu fait du bien… « Depuis que j’ai commencé à m’y intéresser, il y a cinq ans à peu près, le tatouage a pris toute la place dans ma vie », sourit d’emblée la jeune femme, le regard perdu dans ses souvenirs. Pourtant, à l’époque, jamais elle n’aurait pensé tomber dedans. Pour elle qui adorait pourtant l’illustration, les tatoués étaient surtout des masochistes mal dans leur peau et le tatouage n’avait aucun intérêt graphique…

    Loin des clichés

    Finalement, l’idée de franchir le pas fit son chemin, suite à un échec cuisant à Nantes, alors qu’elle tentait de percer dans les maisons d’édition. Un échec couplé à des questionnements sur l’art et le corps, son corps. Seti se rase alors la moitié du crâne, teint le reste de ses cheveux en une multitude de couleurs, puis passe sous des aiguilles expertes et se retrouve avec un dessin encré au-dessus de l’oreille droite ; sur la gorge ; et sur les bras… « On m’avait mise en garde, parce qu’on ne décroche jamais du tatouage », se rappelle-t-elle. Avec Seti, on est cependant loin des clichés et préjugés du tatoueur hyper tatoué et sombre, qui écoute du métal à longueur de journée dans un studio-magasin au décor gothique. Alors, certes, on distingue chez cette jeune femme quelques tatouages sur sa peau blanche, notamment cette araignée aux pattes recourbées qui semble monter sur sa gorge – « je mets d’ailleurs un foulard quand je vois ma mère car elle est arachnophobe... » –, mais ici, dans son studio privé de tatouage situé dans le quartier des Beaumonts, c’est « cosy », douillet, et on peut même boire du thé…

    Amour d’aquarelle

    Avant d’en arriver là, la route a pourtant été tumultueuse pour Seti. Après 15 ans d’accordéon diatonique, 20 ans de danse folklorique bretonne, un baccalauréat à Quimper, trois années d’études et d’incertitudes à l’ESAD d’Orléans, une poignée de petits boulots et une recherche infructueuse dans les maisons d’éditions nantaises, elle décide de se lancer dans le tatouage. Son book de dessins à l’aquarelle sous le bras, elle frappe aux portes des tatoueurs en quête d’un apprentissage. De refus en refus, en passant par des conseils plus ou moins bienveillants, elle trouve en 2013 son Graal à… Châteauneuf-sur-Loire. Pendant neuf mois, elle donne de son temps, gratuitement, en échange du savoir du tatoueur. « Après, ça a été un peu la galère de trouver un studio pour être résidente ou jeune tatoueuse… Il faut une certaine confiance », explique la jeune femme, qui fait ensuite ses armes chez un tatoueur polynésien à Orléans avant de partir dans la région parisienne.

    « créer des histoires pour et sur une personne »

    Ses allers-retours quotidiens entre la cité johannique et la capitale ne lui déplaisent pas, même si la fatigue pointe le bout de son nez. Un jour, l’envie d’ouvrir son studio à Orléans naît comme une évidence. Au même moment, ses aquarelles connaissent un succès retentissant. Et son studio, Bleu Venin – « un nom trouvé dans un bar avec beaucoup de copains et beaucoup d’alcool… » –, prend rapidement ses marques en juillet 2016. Depuis, Seti dessine, peint et trace de jolis traits sur de très nombreuses peaux. Son péché mignon reste l’aquarelle, les fleurs, le bleu. « En fait, une fois que tu as goûté à la peau humaine, c’est fascinant, tu n’en reviens pas, raconte-t-elle. Là, c’est au-delà du dessin : c’est créer des histoires pour une personne et sur une personne. » Aujourd’hui, son travail l’occupe à plein temps, même si elle aimerait bien « faire autre chose » à côté, comme « peindre sur des skateboards ». Et quand elle en a assez de la ville, elle part se ressourcer, loin, dans la montagne. Marcher pour s’ancrer dans la vie avant de peindre pour encrer des vies.

    Les Brèves

    • CV

      08/04/1990 : naissance à Quimper

      09/2008 : arrivée à Orléans

      07/2016 : ouverture de Bleu Venin