Les Brèves

    L’objectif braqué sur Rodin

    Exposition

    Le photographe Emmanuel Berry a écumé le musée Rodin en long, en large et en travers. Ses clichés sont des œuvres d'Auguste Rodin qui renouvellent la vision qu’on peut avoir du sculpteur. Le musée des Beaux-Arts d’Orléans en accueille vingt-quatre, sur un total de soixante-dix, le temps d’une exposition.

    Claire Seznec

    « Le beau est toujours bizarre », a écrit le poète Baudelaire au XIXe siècle ; aujourd’hui, le photographe Emmanuel Berry s’inspire de cette citation pour s’intéresser au travail d’Auguste Rodin, près d’un siècle après le décès de ce dernier. Avec ses tirages argentiques en noir et blanc, le fameux photographe fait entrer les curieux dans le processus créatif du sculpteur. Le regard se porte sur les matières, les lignes parfois tortueuses et les contours des plâtres et des bronzes. On se croirait presque à Meudon, dans les réserves de l’atelier du sculpteur. Sur un fond noir, avec un éclairage naturel pour mettre en valeur des détails inachevés, chaque sculpture apparaît sous un jour nouveau. Poing sur le menton, Le penseur, déjà si expressif, le devient d’autant plus mais ne semble plus se ramasser sur lui-même, comme si ses pensées s’étaient apaisées ; le cadrage des amoureux du Baiser apporte une touche d’érotisme et de tendresse à l’œuvre ; L’homme qui tombe, lui, visage tourné vers le ciel, paraît happé par ses rêveries.

    Pendant trois mois, vingt-quatre tirages, prêtés exceptionnellement par les collections du musée Rodin, seront exposés au musée des Beaux-Arts d’Orléans. Dans le même temps, pour compléter l’événement, quatorze plâtres et bronzes du sculpteur pourront également être admirés. Mais Emmanuel Berry n’est pas le premier à avoir photographié la sculpture. Cette pratique se manifeste dès les années 1840, une vingtaine d’années après les premières expérimentations de l’ingénieur français et inventeur de la photo, Nicéphore Niépce. Quelques années plus tard, en 1845, William Henri Fox Talbot, scientifique britannique et pionnier de la photographie, a d’ailleurs écrit dans The pencil of nature que « les statues, bustes et autres exemples de sculptures sont en général bien rendus par l’art photographique (…). D’abord parce qu’une statue peut être placée dans n’importe quelle position par rapport au soleil, soit directement en face, soit selon un angle ou un autre, l’éclairage direct ou oblique produit naturellement une immense différence d’effet ». À son époque, Rodin avait été sensible à ce nouveau médium : la première photo d’une de ses sculptures date de 1877. 

    Plus d'infos

    Du 13 janvier au 15 avril, au musée des Beaux-Arts d’Orléans.

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    • Rodin en conférences

      Trois conférences sont organisées pendant l’exposition au sein de l’auditorium du musée des Beaux-Arts d’Orléans : « le rapport de Rodin à la photographie » par Wassili Joseph, le 18 janvier à 18 h ; « les sculpteurs et la photographie de Rodin à Brancusi » par Juliette Lavie, le 15 mars à 18 h ; et « le travail des photographes contemporains au musée Rodin » par Hélène Pinet, le 10 avril à 18 h.