Les Brèves

    La Loire, reine des glaces…

    Hiver 1985

    Lors d’un hiver rude, en 1985, le fleuve royal se figea quelques jours dans les glaces. D’Orléans à Gien, une épaisseur de glace de 40 centimètres le couvrit alors. Cet « embâcle » resta même dans toutes les mémoires.

    Claire Seznec

    Certains s’en souviennent : durant l’hiver 1985, une vague de froid intense s’abattit sur la France. À la mi-janvier de cette année-là, le thermomètre afficha jusqu’à… -18,2 °C à Orléans. De quoi grelotter… Sur la Loire, des frasils, ces fines galettes de glace en suspension dans l’eau, se cristallisèrent sous le ciel clair. Ils se cognaient les uns aux autres dans des crissements, se soulevant et frappant les pieds des ponts.

    Peu à peu, les frasils s’épaissirent et finirent par se souder. Un matin, dans la lumière blanche du gel, les Orléanais constatèrent l’immobilité et le silence d’un fleuve dans son manteau blanc d’hiver. C’était « l’embâcle », qui « désigne à la fois le moment où des blocs de glace se forme et le moment inverse où la glace se défait en gros morceaux », peut-on lire dans le Dictionnaire amoureux de la Loire (2014). Sur 65 kilomètres, jusqu’à Gien en passant par Sully-sur-Loire, la glace scintillait de mille feux sous le soleil. Nombreux furent les visiteurs venus admirer cette impressionnante féérie, le contraste avec le tumulte des flots de Loire étant tout de même saisissant. Certains marchaient sur cette patinoire naturelle sans risque, car l’épaisseur de la glace atteignit jusqu’à 40 centimètres. Parfois même, des blocs d’un à deux mètres de haut s’élevaient, les frasils s’étant empilés. Le vent, lui, continua de souffler froid pendant plusieurs jours, gardant le fleuve au frais.

    Le pont de Sully s’effondre !

    Puis vint un semblant de dégel. Des grondements sourds, comme sortis du lit du fleuve, se firent entendre au bord de la Loire. Et ce fut la débâcle : de gros glaçons craquèrent, filèrent sur l’eau, se dressèrent soudain et se heurtèrent à grand fracas. À certains endroits du fleuve, l’eau jaillissait, libre, remontant parfois à contresens du courant, vers l’amont. Elle se libéra de son carcan glacé, ce dernier fut emporté peu à peu, frappant de plein fouet les pieds des ponts d’Orléans. Ces derniers tinrent bon, mais certains blocs de glace durent être dégagés à l’aide d’explosifs disposés par les militaires. S’il n’y eut pas de casse dans la cité johannique, le pont suspendu de Sully-sur-Loire s’effondra brutalement au petit matin du 16 janvier, alors qu’il faisait -25°C ! Toutes les premières suspentes de la rive gauche se rompirent alors que quatre véhicules y circulaient… Heureusement, il n’y eut aucun blessé grave.

    « à la mi-janvier, le thermomètre tomba à orléans jusqu’à -18,2°c… »

    Plus récemment, en janvier 2017, mais sans pour autant parler d’embâcle, la Loire charria de grandes plaques de glaces à Orléans. Sur la rive sud du fleuve, des habitants marchèrent sur la glace, tout en prenant garde à rester proche du bord. 

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    Sources : Mémoires de l’Académie d’Orléans Agriculture, Sciences, Belles-Lettres et Arts ; Dictionnaire amoureux de la Loire

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