Les Brèves

  • 87 %

    des consommateurs d’eau du Loiret bénéficient, selon une enquête de l’UFC-Que Choisir, février 2017, d’une eau de « très bonne qualité ».

Et toi, qu’est-ce que tu bois ?

Qualité de l’eau dans le Loiret

Notre alimentation contient des pesticides. Mais qu’en est-il de notre eau de consommation, celle qu’on puise dans les nappes phréatiques ? Pour plusieurs associations, elle est, aussi, plus ou moins impactée, selon les communes d’Orléans Métropole. Mais des solutions existent pour ingurgiter le moins possible de pesticides…

Claire Seznec

Ressource naturelle primordiale pour nous, l’eau est très présente sur Terre avec 97 % d’eau salée, 2 % d’eau sous forme de glace et environ 1 % d’eau douce liquide. Ce dernier pourcentage provient de la pluie, des rivières et autres plans d’eau, ainsi que des sous-sols. Dans le Loiret, plusieurs nappes phréatiques « profondes » se situent sous nos pieds. Celle dite « Calcaires de Beauce Centrale » couvre une importante surface et se situe entre 18 et 19 mètres de profondeur. « Et il y a plus de 208 pesticides dans cette nappe », affirme Éric Vidal, le président de l’association Eau Secours 45.

Cette affirmation sur la présence de pesticides dans l’eau est, en partie, vérifiable sur le site HydroViz (Ministère de l’environnement, Green Tech Vert, BRGM), mais les données datent de 2014… Elles précisent tout de même que, dans le Loiret, trois herbicides (sur un total de 95 herbicides différents identifiés) « modérément toxiques » dépassent la norme autorisée dans nos nappes phréatiques : le clomazone, le bentazone et le dimét(h)achlore. « Heureusement », s’il existe une présence de pesticides « extrêmement toxique », elle reste très légère…

Un mélange des eaux ?

« D’après les relevés de l’Agence régionale de la Santé portant sur les dix-neuf derniers mois, 72 communes sur 334 sont impactées par la pollution de l’eau, précise Éric Vidal. Mais certaines n’ont été prélevées qu’une à trois fois en dix-neuf mois. » Selon lui, des perturbateurs endocriniens (molécules qui agissent sur l’équilibre hormonal et physiologique) seraient présents dans les nappes phréatiques. À Orléans, lors des captages d’eau de consommation, aucun problème ne serait à déplorer, le liquide étant filtré par « du charbon actif, ce qui diminue le taux de ces perturbateurs », explique Éric Vidal. À Ingré, une installation traite également les pesticides. Mais ce ne serait pas le cas à Montargis, par exemple, « où l’eau est tout bonnement impropre à la consommation. »

Aujourd’hui, certaines communes, « comme Saran », mélangeraient les eaux d’anciens captages pollués à celles de nouveaux captages non pollués. « Nos captages contenaient du nitrate et des pesticides à un taux limite, précise Santiego José, l’adjoint aux travaux à la mairie de Saran. Depuis avril 2016, ils sont fermés et nous avons deux nouveaux captages, dans la forêt d’Orléans, qui contient du manganèse qui trouble l’eau, et dans la rue des Tuileries, qui contient du fer. » Les eaux saranaises sont donc effectivement chlorées et mélangées afin d’avoir une eau saine à consommer. Seul bémol, parfois l’eau du robinet saranais se trouble… « C’est ennuyeux. On cherche le problème, car les analyses de l’ARS sont bonnes à la sortie du château d’eau. On a plusieurs réunions de prévues dans les jours à venir à ce sujet », complète l’adjoint aux travaux.

« D’autres communes, soutient le président d’Eau Secours 45, achètent de l’eau à des communes voisines pour la mélanger avec la leur et obtenir ainsi une eau qui respecte les normes. » D’autres encore, « comme à Saint-Jean-de-la-Ruelle », achèteraient de l’eau d’une autre commune pour remplacer intégralement leurs eaux polluées. « En effet, depuis le mois de juillet, nous sommes approvisionnés en eau potable par la ville d’Orléans, à partir des ressources de l’usine du Val », confirme-t-on à la mairie de Saint-Jean-de-la-Ruelle.

Le prix de la dépollution

Éric Vidal ouvre cependant le « procès de l’agriculture », celle qui utilise des pesticides. « Pendant des années, on nous a dit que les adjuvants de ces produits chimiques étaient biodégradables… Mais on les trouve dans nos sous-sols et dans notre eau ! », tempête-il, appuyé dans son argumentaire par le Dr Morin, de l’association Alerte Médecins Pesticides : « on ne peut pas continuer comme ça. Dans le corps, c’est terrible. Ça abîme l’ADN et ça passe dans les gênes. » Leur solution ? Interdire l’utilisation des pesticides, un procédé qui risque d’être long et ne fait pas l’unanimité auprès des agriculteurs…

Reste, pour l’heure, la dépollution de l’eau de consommation, même si cette démarche a un coût. Pour l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne*, dont Orléans fait partie, le montant des redevances pollutions s’élève à 251 M€ pour les usagers domestiques (« via les factures d’eau »), à 37 M€ pour l’agriculture et à 13 M€ pour l’industrie (2015). « Pourtant, sur ce territoire, l’agriculture intensive accapare la moitié de la consommation nette annuelle de l’eau en France, estime une enquête de l’UFC-Que Choisir, réalisée en février 2017. Et elle est responsable de 70 % des pollutions en pesticides et 75 % des pollutions en nitrate. »

Qu’on se rassure, tout de même : à Orléans, l’eau de consommation a une teneur moyenne en nitrate de 5,37 milligrammes par litre, la limite réglementaire étant de 50 mg/l. Et elle ne contiendrait pas de pesticide.

*Géré par l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne, le Bassin Loire-Bretagne s’étend de la pointe du Finistère à Le Puy-en-Velay et englobe Alençon, La Rochelle, Nevers et encore Orléans. Le Loiret est à cheval sur le Bassin Loire-Bretagne et le Bassin Seine-Normandie. 

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  • À SAVOIR

    Orléans : Comment est gérée l’eau orléanaise ?

    Dans la cité johannique, l’Orléanaise des eaux opère la gestion de l’eau potable et des eaux usées. Elle réalise parfois des travaux sur le réseau, ce qui peut générer des coupures temporaires, comme cela a pu être le cas mardi 12 décembre, dans le quartier du Jardin des Plantes. En lien avec l’Agence régionale de santé (ARS) du Centre-Val de Loire, l’Orléanaise des eaux effectue également des contrôles de qualité de l’eau. Sur les douze derniers mois, 213 analyses bactériologiques, 44 analyses pour les nitrates et 19 analyses pour les pesticides ont été faites. Résultat : le 6 décembre, la moyenne du total pesticide est de… 0 microgramme par litre à Orléans.


    Orléans Métropole : Une aide de l’Agence de l’Eau

    Lors du conseil d’administration de l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne, une aide financière a été accordée à la métropole orléanaise. Elle concerne une gestion « sans tuyau » des eaux pluviales, ce qui permettrait d’atteindre les performances réglementaires en matière d’assainissement sans travaux importants sur les réseaux d’eaux. Cette aide s’élève à 142 510 €, soit 60 % du projet, dont le montant total est de 237 517 €.


    Centre-Val de Loire : L’ARS dresse le bilan aquatique

    Dans la région, plus de 13 000 prélèvements d’eau sont planifiés chaque année par l’Agence régionale de santé (ARS) pour des contrôles sanitaires. La synthèse des résultats de l’année 2016 permet de constater une amélioration de la qualité de l’eau concernant les nitrates. L’agence souligne que cela ne résulte pas d’une meilleure qualité des eaux souterraines, mais des traitements de l’eau. Elle reste également vigilante : par rapport à 2015, les non-conformités liées aux pesticides sont en hausse. Dans le Loiret, 61 668 personnes étaient alimentées par une eau non conforme en pesticides en 2016, contre 28 946 en 2015.