Les Brèves

    Astrid Duvillard : D’ici et d’ailleurs

    Depuis 2013, cette Orléanaise vole de continent en continent en alimentant un blog de voyage, Histoire de Tongs, dans lequel elle raconte ses chemins et — peut-être plus important — son cheminement. Avec de jolis mots, forts, précis, pesés.

    Benjamin Vasset

    Pour avoir une petite idée du personnage, il faut d’abord prendre le temps : d’apprécier ses photos, de parcourir ses articles. Car elle y dit tout, ou presque : ses joies, ses moments de blues et ses contradictions. Histoire de Tongs, le blog d’Astrid Duvillard, est un petit atlas concentré du monde, et aussi d’elle-même. Elle en est l’héroïne, mais pas non plus le nombril. Les vedettes, ce sont ces autres, ceux qu’elle rencontre et qui l’ont nourrie, lui donnant envie de repartir, toujours. Flotte dans ses récits de voyage quelques notes d’un hymne à la liberté ultime. Une « liberté sans pareille », appuie-t-elle d’ailleurs dans un e-mail plein de vie qu’elle nous a envoyé la semaine dernière.

    « Cette liberté d’être libre… »

    À cet instant précis, Astrid Duvillard se trouvait vers Kalamata, dans le sud du Péloponnèse. « Il fait frais, je bois un café en terrasse et j’ai une vue extraordinaire sur les oliviers ; la mer est juste en bas. En d’autres termes, cela pourrait être bien pire… », nous précisait-elle, avec sans doute une sacrée banane perçant derrière son écran. Dans quelques jours, Astrid reviendra à Orléans pour les fêtes. Sa famille et ses amis proches l’y attendront ; ils la verront ensuite partir une nouvelle fois vers une ligne d’horizon qui n’est pas un point de fuite. « Orléans, c’est cette petite ville tout au bout de ma carte, vers laquelle je me dirige depuis le début de mon aventure », dit-elle d’ailleurs.

    « je ne pars pas pour fuir l’endroit d’où je viens »

    En 2013, elle s’en est ainsi éloignée, après y avoir grandi puis travaillé comme travailleuse sociale durant six années. Direction New York tout d’abord, première étape d’une lente épopée qui dure maintenant depuis plus de quatre ans. La liste des pays qu’elle a visités par la suite donnerait le tournis à celui qui n’a jamais quitté son canapé que pour aller dormir. Mais là où l’aventure et les récits d’Astrid Duvillard présentent une aspérité intéressante, c’est qu’ils ne font pas de son expérience la preuve d’une existence plus extraordinaire qu’une autre. Dit autrement, son nomadisme ne véhicule aucun complexe de supériorité ; il n’est pas, non plus, un exemplaire de démonstration. On lit d’ailleurs avec une attention particulière ce passage qu’elle nous écrit sur la France : « plus les années passent, plus je m’en éloigne et plus j’aime mon pays qui m’a donné toutes les cartes en main (…). Nous avons en France cette chance de pouvoir nourrir des rêves, d’y croire et, en se donnant un peu de mal, de les réaliser. » Un bien joli plaidoyer pour la notion de « racine », émanant d’une femme qui a planté des graines un peu partout dans le monde.

    « Je fais simplement ce que j’aime »

    Et maintenant, et après ? Astrid Duvillard répond souvent qu’elle « ne sait pas » lorsqu’on lui demande de quoi sera fait son avenir. « Je fais simplement ce que j’aime, aussi souvent que ça m’épanouira », élude-t-elle même si, dans un futur proche, elle reconnaît « vouloir s’installer à l’étranger et y rester suffisamment longtemps pour y construire quelques repères, car changer quotidiennement d’environnement n’est pas toujours simple. » Le vent la portera donc, elle et sa condition de « nomade digitale. » En effet, c’est aujourd’hui son blog et son activité sur les réseaux sociaux qui lui permettent de subvenir en partie à ses « maigres besoins ». Elle n’en fait pas une poule aux œufs d’or, loin de là, mais plutôt le moyen de partager, de raconter et, pourquoi pas, d’inspirer quelques rêveries. On arrêtera là les déclarations d’intention, car le voyage d’Astrid Duvillard est à la fois si simple et si complexe qu’il serait présomptueux de le résumer en quelques tournures fourre-tout. Et s’il n’y aura peut-être pas de fin à cette errance, on peut quand même trouver un fil d’Ariane à son histoire : elle qui s’imaginait, plus jeune, devenir « championne olympique de course à pied » est depuis longtemps hors compétition. De Grèce, elle peut regarder Ulysse bien droit dans les yeux.

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    • CV

      25/09/1986 : naissance à Saint-Jean-de-Braye

      Octobre 2013 : début de son premier tour du monde

      Mars 2017 : part arpenter la Route de la Soie