Les Brèves

    « Je ne suis pas inquiet pour l’avenir »

    Jean-Noël Milor, secrétaire départemental des Républicains

    Ce week-end se tiendra le premier — et peut-être unique tour — des élections à la présidence des Républicains. Après une année compliquée pour le parti de droite, quel est l’état d’esprit des troupes dans le Loiret ? Pour Jean-Noël Milor, secrétaire départemental depuis octobre dernier, les Républicains peuvent encore se reconstruire.

    Benjamin Vasset

    Qu’est-ce qui peut empêcher une élection de Laurent Wauquiez ?

    Jean-Noël Milor : Mon poste fait que j’ai un devoir de neutralité. Disons que les trois candidats sont des personnes jeunes – dans l’époque actuelle, c’est à noter – et qu’ils ont des sensibilités différentes, avec un positionnement plus central pour Maël de Calan, lequel avait soutenu Juppé à la primaire. Florence Portelli et Laurent Wauquiez portent davantage des valeurs régaliennes, mais ils ne sont pas portés vers les extrêmes, comme ce que les « opposants » veulent bien faire croire.

    Il n’y a pas que les « opposants ». Ce week-end, Thierry Solère en a encore rajouté une couche sur le positionnement de Laurent Wauquiez…

    (Il soupire) Je mets en doute la fiabilité de sa position, puisqu’il s’est mis En Marche. C’est dans son intérêt de repousser les candidats LR le plus à droite possible.

    Marianne a récemment parlé d’une « élection dont tout le monde se fout ». Que vous inspire ce genre de commentaire assassin ?

    C’est un commentaire à la mode : dès qu’on n’est pas macroniste, il est dit que les gens s’en foutent… Mais je ne suis pas persuadé que ce soient des sentiments profonds qui traversent notre société. Les gens ont conscience qu’il faut un mouvement profond à la droite de l’échiquier politique.

    L’absence d’un débat entre les candidats était-elle une erreur ?

    Il aurait pu en être organisé un. Certains ont estimé qu’il fallait sans doute éviter des images poussant à la division. Dans le Loiret, un débat a été organisé entre les trois référents des trois candidats, et il fut d’excellente qualité. Donc…

    Sur quels éléments forts de programme Les Républicains devront-ils se reconstruire ?

    Lors des ateliers de la refondation auxquels ont contribué plus de 40 000 personnes, les valeurs de la droite et du centre ont été réaffirmées. Je crois que nous devons nous reconstruire sur un socle de base de valeurs réformatrices, libérales et gaullistes.

    Quel est le nombre d’adhérents à jour de leur cotisation dans le Loiret ?

    Environ 1 200 fin octobre, sur un potentiel de plus de 2 000. C’est moins qu’à la fin de l’année 2016, mais c’est un peu normal : les conditions de l’élection présidentielle ont jeté un certain trouble. Aujourd’hui, les gens sont dans l’attente et notre mouvement est peu audible, car il n’y a pas de président. Ce n’est pas le meilleur moment pour adhérer.

    Dans quel état d’esprit se trouvent aujourd’hui les militants de base ?

    Ils me disent : « union, union, union ». Il y a chez eux un désir d’apaisement et de rassemblement. Mais cela se fera quand la machine sera relancée. Je ne suis pas inquiet pour l’avenir.

    « les militants me disent : union, union, union »

    Que vous inspire la trajectoire de votre prédécesseur, Stéphane Fautrat ?

    C’est un parcours… particulier. Je ne vais pas revenir sur les problèmes d’investiture, de désinvestiture et de réinvestiture avant les législatives : je suis désolé pour Stéphane, mais les choses se sont déroulées ainsi. C’est le réalisme politique qui l’a emporté. Quant à son transfert chez LREM, j’en suis personnellement… étonné.

    Stéphanie Rist dit que c’est elle qui est allée le chercher…

    On peut y croire, ou pas. Moi, je n’y crois pas.

    Après les retraits d’Olivier Carré et de Matthieu Schlesinger, qui pourrait selon vous incarner sans discussion le parti dans l’agglo orléanaise ?

    C’est impossible pour le moment d’y répondre. Mais nous avons des parlementaires qui sont Marianne Dubois et Claude de Ganay, et des conseillers départementaux comme Olivier Geffroy. Je pense que le moment venu, ils sauront montrer leur valeur.

    Le départ d’Olivier Carré a-t-il créé une onde de choc ?

    Assurément, et notamment auprès de ses plus proches soutiens. Mais c’est un ami et ça le restera. Il a fait le choix de la métropole, cela le regarde. Il a sans doute voulu se dégager de l’emprise que peut avoir l’appartenance à un parti politique (sic).

    Comptez-vous le ramener un jour au bercail ?

    Je ne désespère pas. Ce serait même mon souhait le plus fort de voir revenir ceux qui se sont écartés. Mais cela ne peut arriver que si l'on refonde et rassemble notre mouvement.

    On a du mal à comprendre aujourd'hui les différences entre ce qui reste des Républicains des propositions du gouvernement Philippe…

    On peut se démarquer en allant plus loin, par exemple, sur les questions d’immigration, de limitation et de contrôle. Ce n’est pas de l’extrémisme de dire cela. Macron flatte un jour sa gauche, un jour sa droite, et je ne pense pas qu’il s’appuie sur un vrai socle de valeurs. Maintenant, je pense qu’il faut un mouvement fort à droite, car je ne pense pas, qu’à l’avenir, il y aura un « mouvement Macron central en permanence » (sic).

    Ce quinquennat n’est donc qu’une parenthèse de l’histoire ?

    Je crois qu’on reviendra à un socle de gauche et un socle de droite, à des gens qui se diront naturellement à droite et d’autres qui se diront à gauche, et un centre qui gouvernera avec l’un ou l’autre.

    « il y a eu des moments de souffrance »

    Selon vous, les LR devront-ils se passer d’une primaire en 2022 ?

    Lors des ateliers de la refondation, 70 % des gens ont dit ne plus en vouloir. Mais je crois que beaucoup se sont basés sur ce qui s’est passé après. Rappelez-vous : juste après la primaire, tout était formidable...

    La situation dans laquelle se trouvent Les Républicains est-elle seulement imputable à François Fillon ?

    Ce serait trop facile de charger la barque à 100 %. Mais ce fut un élément important dans ce résultat pour le moins désagréable. Il y a toutefois d’autres raisons, comme un mouvement qui, j’insiste, doit se refonder et se moderniser.

    Comment ?

    Nous devons retrouver nos valeurs populaires, avec de la proximité et en nous appuyant sur la jeunesse. Nous devons changer les modes de désignation, avec moins de centralisation et plus de poids donné aux fédés départementales. Il faut également mettre en valeur l’adhérent. On doit aussi former les gens à la réflexion et à la prise de parole. Si cela ne se fait pas, les partis disparaîtront et on ouvrira la porte aux extrêmes.

    Personnellement, comment avez-vous vécu l’affaire Fillon ?

    Ce fut extrêmement difficile. Car tout ce qu’on avait bâti pendant un an s’effondrait. Les gens n’étaient plus sur un jugement réaliste, mais dans l’émotionnel. Il y a eu des moments de souffrance.

    Vous étiez de ceux qui criaient au complot ?

    Je ne sais pas s’il y a eu complot, mais la meilleure manière d’éviter le complot, c’est d’éviter de se mettre dans des situations d’en avoir contre soi.

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    • Élection, mode d’emploi

      L’élection à la présidence des Républicains opposera trois candidats : Laurent Wauquiez, Florence Portelli et Maël de Calan. Les adhérents au parti seront amenés à procéder à un vote électronique, sans procuration, ouvert dès le samedi 20h jusqu’au dimanche 20h. Sont également mis en place, pour les gens qui n’ont pas Internet et/ou d’ordinateur, quatre permanences dans le Loiret : une à Orléans (rue de la Bretonnerie), une à Pithiviers, une à Montargis et une à Sully-sur-Loire. Elles seront ouvertes de 10h à 18h.