Les Brèves

  • Un spécialiste reconnu

    La parole de Jacques Baillon sur le loup n’est pas celle d’un expert à la petite semaine. En 2016, il publiait ainsi, avec Drôles de loups et bêtes féroces, son quatrième ouvrage sur le sujet. Personnage reconnu dans le domaine de la protection de l’environnement à Orléans –il fut notamment président de l’association des Naturalistes Orléanais, devenue Loiret Nature Environnement- il ne cesse de mettre en garde contre les raccourcis véhiculés par les possibles observations de loup revenant régulièrement dans l’actualité. Pour en savoir plus sur Jacques Baillon, vous pouvez toujours consulter sur Calaméo le portrait que L’HebdO d’Orléans lui avait consacré en janvier 2015 (n°92). 

Loup, y es-tu… vraiment ?

Le point de vue d’un expert

Les récents témoignages d’observation de loup dans le Loiret, et notamment dans le massif de Lorris*, sont-ils crédibles ? Et dans le cas où cette hypothèse serait vérifiée, doit-on avoir peur du grand méchant loup ? L’Olivétain Jacques Baillon, spécialiste du sujet, a répondu à ces questions. Et son message est clair : gare aux fantasmes !

« Un tel témoignage -comme celui qui a été mentionné dans les journaux à mi-octobre- ne peut être validé que lorsqu’une preuve scientifique de son sérieux est apportée. Ce qui, à ma connaissance, n’est pas le cas pour cette apparition furtive dans le massif de Lorris (mais l’ONCFS** a diligenté une enquête sur ce témoignage suivant les procédures habituelles). Pour cela, il faut récupérer du matériel (crottes, poils, etc), par exemple sur des restes de proies (chevreuils, moutons...) consommées par le carnivore afin de pratiquer une analyse ADN. Elle seule permettra de savoir s’il s’agit d’un loup, d’un chien ou d’un renard.

Il y a eu, dans un passé récent, plusieurs récits d’observations de « loups » dans la région, en Sologne, en Berry, en forêt d’Orléans et même en Beauce, qui se sont tous avérés faux après enquête. Un des derniers en date concerne un animal ressemblant à un loup, repéré en Ile-de-France, et qui a fait la Une de toute la presse. En fait, il a été prouvé ensuite, photos à l’appui, qu’il s’agissait d’un chien-loup échappé depuis deux ans de chez son maître. Les ressemblances physiques entre certaines races de chien (principalement les chiens-loups tchèques ou les Saarloos) et les loups sont à l’origine de ces confusions.

Possible… un jour

Ceci dit, le loup peut à tout moment revenir en région Centre-Val-de-Loire puisque c’est une espèce qui peut parcourir des distances considérables à la recherche de nouveaux territoires : plusieurs centaines de kilomètres en quelques semaines ne lui font pas peur. Les indices de présence attestés, aux portes de la région, ont concerné l’Aube en 2014 (non loin des frontières orientales du département) et plus récemment la Nièvre. Il n’est donc pas théoriquement impossible que le carnivore sauvage soit un jour observé dans le Loiret ou plus au sud de la région.

« si un loup arrivait, il n’y aurait rien à craindre » 

Depuis que, dans les années 70, l’État italien a décidé de protéger cette espèce qui était en voie de disparition (il ne restait qu’une centaine d’individus dans les Abbruzzes), celle-ci a entrepris de reconquérir les territoires qu’elle occupait autrefois, dont la France, et les loups erratiques qui pourront nous intéresser ici sont issus de cette population italo-alpine en expansion.

Pas de quoi s’inquiéter

Le loup était autrefois un danger pour l’homme lorsqu’il était porteur de la rage (ainsi que les chiens), mais la maladie a disparu de France depuis fort longtemps (dernier cas sur l’Homme en 1924). Les seuls cas constatés récemment ont concerné des personnes mordues par des chiens dans des pays encore infectés ou importés illégalement en France. Donc, si un loup pointait le but du museau un de ces jours en Sologne ou ailleurs, il n’y aurait rien à craindre. Seuls les moutons à l’air libre auraient peut-être quelques raisons de s’inquiéter… » 

*Ce témoignage a été repris dans La République du Centre, le 15 octobre dernier. Il faisait état d’une observation faite en août dans le massif de Lorris par un certain François Baillon, qui n’est autre que le frère de…Jacques Baillon.

**Office Nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage. 

Les Brèves

  • En bref

    Ailleurs en France : Il est partout, le loup !

    Faire une revue de presse dans les différentes régions de France s’avère tout à fait instructif sur le traitement réservé au loup. « Un loup aperçu dans la Somme » (La Voix du Nord, 27/10), « Plusieurs loups rôdent aux portes de Nîmes » (BFM TV, 26/10), « Le loup est aux portes du Limousin », (Le Populaire, 25/10)… Si l’on écoutait l’ensemble de nos gazettes, on pourrait presque croire que des dizaines de milliers de bêtes menacent la tranquillité des populations. Heureusement qu’il n’y a qu’un peu plus de 350 individus recensés en France en 2017, selon les données du réseau Loup-Lynx de l’ONFCS. Toutefois, ce chiffre, rendu public en mai dernier, faisait aussi état d’une augmentation de 23 % par rapport à l’année précédente…


    Protestation : Debout contre le plan loup

    Plusieurs centaines d’éleveurs ont manifesté début octobre contre un Plan Loup 2018-2023 en pleine élaboration. Un plan que ces éleveurs ne jugeaient pas assez ferme contre le prédateur, rendu coupable, par la DREAL, de la mort de plus de 10 000 ovins en France en 2016. Les mesures de protection envisagées par le Ministère de l’Agriculture et le Ministère de la Transition Ecologique, notamment la priorité aux tirs d’effarouchement et de défense simple et la restriction de la délivrance des tirs de défense renforcée, ont ainsi été vivement critiquées par ces éleveurs proches de la FNSEA, de la FNO et des Jeunes Agriculteurs.


    Coup de gueule : Vanier au front

    Invité de Jean-Jacques Bourdin (RMC) le 27 octobre dernier, le réalisateur solognot Nicolas Vanier a déclaré qu’il allait rencontrer Nicolas Hulot pour lui proposer d’interdire la chasse dans les espaces clos. Sont clairement visées les grandes propriétés de chasse clôturées de Sologne, où leurs propriétaires viennent s’adonner à la carabine le week-end venu. On souhaite bon courage à Nicolas Vanier dans cette croisade, à laquelle les lobbys de chasseurs et de propriétaires –parmi lesquelles de riches industriels parisiens (Bouygues, Dassault…)- réserveront sans doute un accueil enthousiaste. Chose amusante : le film de Nicolas Vanier, L’Ecole Buissonnière, a été adoubé par la puissante fédération nationale des chasseurs, qui y a vu un moyen de réhabiliter la pratique de la chasse auprès des jeunes générations. Comprenne qui pourra.