Les Brèves

    « Je n’arrive pas DANS un Parquet dynamité »

    Nicolas Bessone, procureur de la République d’Orléans

    Depuis le 1er septembre, Nicolas Bessone est le nouveau Procureur de la République d’Orléans. Il arrive de Bastia, où son action contre « la délinquance en col blanc » aura été saluée par les observateurs neutres... Comment s’est-il pour l’instant acclimaté à son nouveau poste ? Réponses.

    Benjamin Vasset 

    Après Bastia, considérez-vous Orléans comme une oasis de tranquillité ?

    Nicolas Bessone : Disons qu’il n’y a pas, ici, de phénomènes de criminalité organisée tels qu'on les voit en Corse, avec des problèmes de porosité et de corruption des élites. Et pas non plus, à ma connaissance, de violences nationalistes… La pression de l’environnement est moins forte qu’à Bastia : je me retrouve ici dans une ville de taille moyenne, mais avec un niveau de délinquance quotidienne plus élevée qu’en Corse. Il faut gérer la masse et des problématiques marquées de trafic de stupéfiants.

    Procureur à Bastia, est-ce donc vivre entouré d’une escouade de gardes du corps ?

    De novembre 2016 à la fin de ma période bastiaise, j’ai effectivement vécu sous protection. C’est une période assez particulière et pénible. Mais en Corse, la passion pour la chose judiciaire est assez hallucinante : on vit dans une microsociété. Le Parquet d’Orléans est, lui, dans une approche plus « normale »…

    En quittant Bastia, vous avez dû laisser de nombreux dossiers en route. Vous autorisez-vous quand même à rester informé sur leur évolution ?

    J’ai dû poursuivre une trentaine d’hommes politiques en Corse ; j’ai eu de très gros procès, comme celui des Gîtes Ruraux, qui va passer en appel prochainement. Forcément, je serai intéressé par son déroulé. Et oui, c’est toujours frustrant de partir à ce moment-là. Mais je ne suis plus le procureur de Bastia.

    On a pu lire dans les journaux corses des portraits plutôt laudateurs vous concernant…

    Les Corses n’avaient pas trop l’habitude que l’on poursuive des hommes politiques. Il y avait aussi un besoin de moralisation de la vie publique : certaines personnes me sont sans doute reconnaissantes de cela… Cela dit, des collectifs indépendantistes n’auront pas tout à fait la même opinion : ils m’avaient même payé un billet de ferry en aller simple pour Marseille…

    « la chaise vide n’est jamais une bonne idée »

    À Orléans, les hommes politiques doivent donc aussi trembler… ?

    Ceux qui violent la loi, qu’ils soient hommes politiques ou vendeurs à la roulotte, doivent trembler (sourire). Mais je précise une chose : l’efficacité de la Justice est liée aux policiers et gendarmes. Ce sont eux qui font les enquêtes. À Bastia, j’avais trente fonctionnaires directement sous mes ordres. Ça vous laisse la possibilité de faire du bon boulot…

    Pour combien de temps êtes-vous là ?

    Au minimum trois ans : la première année, vous découvrez, la deuxième vous réformez, la troisième vous rentabilisez. Après, le Conseil National de la Magistrature a son mot à dire. Pour la suite, cela dépendra du climat (sourire)…

    Vous arrivez à la suite d’un Procureur qui n’a pas laissé que des souvenirs impérissables…

    Je ne ferai aucun commentaire. La seule chose que je peux vous dire, c’est que j’arrive dans un Parquet qui n’est pas dynamité.

    Le changement, c’est aussi que vous répondez aux journalistes. Un Procureur peut-il se couper totalement des médias ?

    En Corse, à ce poste, vous faites tous les jours les cinq premières pages de Corse-Matin… Nous sommes dans une société de communication : il me paraît indispensable qu’un Procureur démontre que les procédures avancent. Mais au-delà du compte-rendu des affaires, il faut savoir faire passer des choses un peu complexes lorsqu’il y a emballement. Et dans ce domaine, la politique de la chaise vide n’est jamais une bonne idée.

    Le Parquet d’Orléans manque-t-il, comme on l’entend, d’esprits reposés ?

    Orléans est dans une situation un peu différente de Bastia dans le sens où, là-bas, les pouvoirs publics veulent être en plein effectif. Ici, c’est plus « classique ». Nous avons, je dirais, un poste vacant. L’idée, c’est d’être dix. Sinon, vous avez le nez dans le guidon et vous n’apportez pas la plus-value que doivent apporter les magistrats en termes de réflexion. Car le Parquet doit évidemment répondre vite et bien, mais aussi nettoyer la vie économique des margoulins, les trafics et mettre la loi dans tous les niveaux de la société.

    « du début à la fin de la scène… »

    Quelles sont les marges de manœuvre, en ce moment ?

    Le poste vacant dont je vous parle est actuellement pourvu par un substitut placé. On est donc en plein effectif théorique, mais cette personne, on peut nous l’enlever à tout moment s’il se passe quelque chose à Montargis ou à Blois.

    Quelle est la réponse judiciaire à apporter au trafic de stupéfiants qui pullulent sur le territoire ?

    La BAC peut d’abord faire du saute-dessus. Ensuite, la PJ et la DDSP doivent taper le haut du sceptre et éradiquer des filières. Mais cela nécessite des enquêtes plus longues. Le Parquet doit apporter, lui, une réponse globale. Il faut bien sûr dégager des moyens pour faire des audiences spéciales.

    Il y a d’autres spécificités locales à Orléans…

    On retrouve ici un taux important de violences non-crapuleuses, qui se déroulent souvent dans un cadre familial et sur fond d’alcoolisation. Mais là aussi, il faut apporter une réponse juste et faire la différence entre les récidivistes et ceux qui relèvent de soins.

    Pour quelles raisons avez-vous intégré le monde judicaire, et le Parquet plus précisément ?

    Je n’ai aucune vocation particulière. Au fur et à mesure de mes études de droit, j’ai trouvé un intérêt marqué pour la profession de magistrat. Et rapidement, j’ai senti que le Parquet m’intéressait. Le Procureur a une fonction dynamique, accusatoire et contradictoire qui me correspond bien. Vous êtes là du début à la fin de la scène et vous pouvez apporter une palette globale de réponses. Il y a aussi un travail d’équipe et de chef de service. Et vous êtes, enfin, ouverts sur la cité…

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    • Fan de sport…

      Ancien « joueur de football à petit niveau », Nicolas Bessone est un supporter déclaré de l’Olympique de Marseille, une ville où il est né. Le jour de notre entretien, il a même refait le match entre l’OM et le PSG, joué quelques jours plus tôt. À Toulon, Nicolas Bessone s’est aussi ouvert davantage au rugby. Il garde ainsi un souvenir marqué du premier triomphe du RC Toulon en Coupe d’Europe et du retour des joueurs sur la Rade, le trophée sous le bras. « C’était un grand moment… », confie-t-il, ému.