Les Brèves

    Richard Ramos, député du Loiret : « Le centre doit se recomposer à Orléans »

    Interview

    Le député Modem, élu en juin dans la 6e circonscription, est vent debout contre la grande distribution. Mais au-delà de ces problématiques nationales, il a aussi envie de remuer la maison centriste à Orléans…

    Benjamin Vasset 

    Depuis votre élection, vous êtes l’un des députés loirétains dont l’action est la plus médiatique. Est-ce une fin ou un moyen ?

    Richard Ramos : Ni l’un, ni l’autre. Je suis quelqu’un de conviction. Au sujet de Bigard, j’avais été choqué que cette boîte ne publie pas de compte. Quand on l’a reçue en commission, notre interlocuteur a été méprisant, alors je ne l’ai pas lâché. Ruffin a embrayé, ça a créé un lien entre nous.

    Vous déversez des oignons devant le Auchan de Saint-Jean-de-la-Ruelle, vous traitez Michel-Édouard Leclerc de "menteur"… Vous êtes en guerre contre la grande distribution ?

    R. R : Oui, un peu. Pendant 40 ans, ils nous ont fait croire que bien acheter, c’était acheter pas cher. C’est un système que je dénonce, car une culture de l’humiliation s’est développée. Il n’y a plus que quatre centrales d’achat aujourd’hui en France ! Pourquoi Auchan ? Parce que c’est là où le sachet d’oignons est le plus cher. Personnellement, je n’ai rien contre Michel-Édouard Leclerc. Il y aura même des sujets sur lesquels on fera front commun, comme l’information consommateurs. Mais le politique doit retrouver la main.

    Comment cela ?

    R. R : Il ne faut plus que les prix soient fixés par la grande distribution, mais par des organisations de producteurs.

    Mais vous n’allez pas vous heurter à la législation européenne ?

    R. R : L’Europe va peut-être un peu rouspéter, mais il faut que le politique impulse cette évolution. Sur les combats durs, j’ai toujours le volet européen en tête. Je pense d’ailleurs que je ferai prochainement quelques actions personnelles au Parlement européen…

    Vous verra-t-on lors du prochain Open d’Agrifood à Orléans ?

    R. R : Je ne suis pas un anti-agroalimentaire. Mais on est obligé de dire que certains industriels n’ont pas joué le jeu. Aujourd’hui, ils doivent aller vers la transparence. Donc, si je suis invité, j’irai, avec ma liberté de ton. Mais sans faire de la figuration.

    La Ville d’Orléans a récemment signé un marché de restauration scolaire dans lequel la Sogeres s’engage à hauteur de 52 % de produits locaux… Vous en pensez quoi ?

    R. R : Il faut mettre en place des circuits courts, mais attention à ne pas dériver vers le marketing politique. Une carotte n’a jamais poussé râpée dans un champ : il faut créer des filières. Et le maillon faible dans l’Orléanais, c’est la transformation.

    « les collectivités ne sont pas à l’os »

    Au sujet de Bigard, vous avez récemment évoqué, avec François Ruffin, un axe « Insoumis / Modem ». Une alliance croquignolesque, comme dirait le Président…

    R. R : Nous avons juste la volonté de représenter les gens ordinaires. Mélenchon est dans des combats trop haineux pour moi mais, voyez, j’ai voté avec les communistes contre le travail le dimanche –alors que mon groupe a voté pour – alors que j’étais avec la droite pour supprimer le « pantouflage ». Je veux garder ma liberté de ton.

    Le Président a dit que les premiers effets de sa politique sur l’emploi se verront dans un an et demi. En politique, c’est une éternité…

    R. R : Il faut donner le sentiment qu’on travaille pour les Français. Après mes interventions, j’ai reçu plus de 500 mails qui me disaient : « M.Ramos, merci d’essayer de faire. » De nature, le peuple français est d’abord réticent, et puis il se lâche. Il y a, cependant, une vraie détresse. Je pense qu’une partie de la population, c'est-à-dire les gens qui ont grandi autour des métropoles, ceux qui ont reçu une éducation, pourront s’en sortir dans la mondialisation. Mais je suis plus inquiet pour la France rurale et les quartiers. Macron ne devra pas être que le président des métropoles et des gens éduqués.

    Les collectivités locales – on l’a vu récemment à Orléans – grognent contre la politique du Gouvernement. Ont-ils tort ?

    R. R : Macron est là, on tape sur lui. Mais du temps de Fillon, la purge était trois fois plus forte. Dans la ruralité, c’est vrai, les communes sont étranglées. Mais il n’y a jamais eu autant de personnel dans les strates territoriales. Elles ne sont pas encore à l’os. Il faut reclarifier les compétences, le « qui fait quoi ? » En outre, dans les intercos, il y a parfois des dépenses inconsidérées. Par exemple, quand j’étais vice-président, j’ai estimé qu’un gymnase, à Fay-aux-Loges, était 400 000 € trop cher.

    Comment organisez-vous votre emploi du temps de député ?

    R. R : Il est difficile de jongler entre la fabrique de la loi à Paris et le travail en circonscription. Les anciens m’ont dit : « il faut serrer des paluches. » OK, je suis un homme de terrain, mais j’ai d’abord eu besoin de faire le tour de tous les ministères et de bâtir un réseau parisien, lequel me permettra ensuite d’aider les dossiers locaux. Après, en circo, c’est un travail d’assistante sociale. Depuis que je suis élu, j’ai dû recevoir plus de 500 lettres.

    « je n’ai aucune ambition »

    Terminons par vous. On dit que vous avez de grosses ambitions…

    R. R : Je n’ai aucune ambition, parce que je pense que le chemin est plus important que le but. Je veux juste qu’on dise que le député Ramos fait bouger les choses. Après si, demain, on me donne des responsabilités et que je pense pouvoir les tenir, je les prendrai.

    (À la fin de sa réponse, il lance : « peut-on parler de la recomposition du centre à Orléans ? »)

    Oui ?

    R. R : Je suis pour la recomposition du centre et, sans aller à me présenter à des élections, je compte prendre ma part dans cette restructuration. À Orléans, beaucoup de centristes ont été à la soupe du pouvoir, fusse-t-il municipal. Je ferai en sorte de mettre ensemble des centristes que je considère comme de "vrais" centristes.

    Vos amis de l’UDI vont apprécier...

    R. R : Il y a des gens que j’aime beaucoup à l’UDI, mais il faut trier le bon grain du mauvais. À Orléans, une ville centriste, il existe un centre indépendant dont la parenthèse commencerait aux anciens rocardiens pour se refermer aux juppéistes. J’aime par exemple beaucoup discuter avec quelqu’un comme Pierre Allorant qui, pour moi, est un vrai centriste.

    Et dans la majorité municipale ?

    R. R : J’aime beaucoup Martine Grivot...

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