Les Brèves

    « VILAINS MAIS SEIGNEURS ! »

    Les mariniers de Loire

    On croisera durant cette semaine les mariniers d’Orléans lors du Festival de Loire. Autrefois, ils commerçaient et parcouraient de longues distances sur la Loire dans leur bateau de bois à fond plat.

    Claire Seznec

    Dès l’époque des Celtes, les Orléanais naviguèrent sur la Loire. Ensuite, ce fleuve capricieux conserva son rôle d’artère majeure de la France, développant ainsi le commerce dès le Moyen-Âge. Au XIVe siècle fut créée La communauté des marchands fréquentant la rivière de Loire et autres fleuves descendant en icelle, dont le siège s’installa à Orléans. Trois catégories de « voituriers par eau », comme on les appelait alors, se croisaient : les marchands voituriers qui transportaient et commerçaient des marchandises, les voituriers par eau qui se consacraient uniquement au transport et les compagnons-bateliers, mariniers professionnels au service d’un patron.

    Selon l’auteur Hubert Pinsseau (dans sa publication de 1963 sur l’histoire de la construction du canal d’Orléans), l’iconographie les présentait comme ayant des « manières violentes », avec une forte « cacophonie verbale ». Mais ils étaient « toutefois plutôt de bons pères de famille… »

    Un monde à part

    Au XVIIIe siècle, près de 10 000 bateaux accostaient chaque année dans le port d’Orléans, alors troisième port de Loire, se délestant de milliers de tonnes de marchandises, comme des vins de l’Orléanais et du bois. Les mariniers formaient un monde à part, « vilains sur terre mais seigneurs sur l’eau », disaient-ils, fiers de sans cesse voyager. Beaucoup allaient jusqu’à Nantes, soit pour le commerce soit pour le transport de personnes.

    La toue était très utilisée par les Orléanais. En bois, long de dix mètres, doté d’un fond plat et d’une voile carrée, ce petit navire voguait droit malgré les tumultes et tourbillons des flots, notamment sous les ponts orléanais. Les mariniers utilisaient de longues et solides tiges de chêne ferrées au bout pour modifier leur trajectoire avec la force du courant. L’une des plus grosses difficultés ? Éviter les nombreux bancs de sable car, lorsque le bateau en heurtait un, la manœuvre pour dégager l’embarcation pouvait prendre plusieurs heures…

    Après un déclin, la marine de Loire connut un renouveau au début du XXIe siècle. Les collectivités d’alors soutinrent les mariniers afin de réaffirmer l’ancrage culturel ligérien d’Orléans.

    Aujourd’hui encore, quelques bateaux à fonds plats restent amarrés sur les quais orléanais. Les mariniers actuels emmènent en balade les touristes à l’année, mais surtout lors de la Fête des Mariniers et du Festival de Loire.

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