Les Brèves

    Guillaume Brabant : Noirs Désirs

    À partir du 1er octobre, il exposera ses toiles dans la galerie du Théâtre d’Orléans*. Ce peintre exigeant dit avoir usé de ses pastels secs comme d’une thérapie. Grâce à eux, « je sors tout », dit-il d’un trait.

    benjamin vasset

    Ça ressemble à ça, un type de 50 barreaux ? D’une, il faut croire que oui, et de deux, il faut comprendre que la peinture (dans certains cas) conserve. « Ouais, à ce qu’il paraît, je fais plus jeune… », confirme Guillaume Brabant, chemise bien fuselée et tatouage seyant sur l’avant-bras. Immédiatement bavard, malgré un zeste de timidité qu’il recouvre d’une couche de pédagogie appréciable pour commenter ses travaux. Certains peintres rechignent à en dire plus que ce qu’ils projettent, lui ne se fait pas prier pour parler technique et coups de sang : si la Loire fait en effet figure de matière première pour bon nombre d’artistes du cru, Guillaume Brabant s’engage lui sur d’autres terrains, plus politiques. Ici une Pietà où Louise Michel et Geronimo remplacent la Vierge et le Christ ; là une allégorie de la crise des migrants, dans laquelle Zorro en prend pour son grade de « Z-auveur » masqué.

    « Je ne connais pas l'ennui »

    Issu d’une famille « de gauche », Guillaume Brabant porte l’injustice dans le cœur. « Quand j’étais môme, je pouvais en pleurer des heures », raconte-t-il. On le sent toujours imprégné et agité par les divagations de la nature humaine. « Je ne trouve plus d’hommes politiques qui me représentent », peste-t-il, sans distinction de bord et de couleurs politiques. Il n’a cependant « jamais été militant » et il voit rétrospectivement le lycéen qui zonait à Pothier comme un gamin « un peu nihiliste, fuck, et rien à foutre ! »

    C’est au bahut, pourtant, qu’il découvrit les arts plastiques, la peinture et les pastels secs, dont il fait aujourd’hui l’une de ses marques de fabrique. Mais l’école le rebuta toujours, et deux mois aux Beaux-Arts ne lui firent pas tellement changer d’avis sur la question : la peinture, il l’apprit par lui-même, et puis... basta. « J’ai bossé chez moi en donnant deux-trois cours à côté », rappelle-t-il. Le passé, en fait, il s’en détourne plus qu’il ne le retourne. Il sait par exemple qu’il a reçu le Prix Jeune Talent au Salon des Artistes orléanais. Mais quand ? « P..., j’ai des trous des mémoire, soupire-t-il. Faut vraiment que je dorme plus… » Le lendemain, il nous enverra la fameuse date par texto. « 1988 ! » Il y a près d’un tiers de siècle…

    « Se crée » d’artiste

    Guillaume Brabant a aujourd’hui 50 ans, et « il se sent bien. » « J’arrive à savoir qui je suis », ajoute-t-il. Pas la moindre des victoires : il dit ainsi que peindre l’a libéré et lui évite « d’aller voir un psy. » Ses toiles sont sombres, oui, mais ne reflètent pas un esprit dépressif, bien au contraire. « C’est juste un choix artistique », justifie d’ailleurs ce grand fan de Francis Bacon et, dans une autre mesure, de David Lynch. Le cinéma, c’est d’ailleurs l’autre passion de Guillaume Brabant, dans lequel sa sœur a, elle, percé. « C’est un art qui demande une telle structure… Et puis nous (les peintres, ndlr), c’est plus instantané, plus direct. » Pour filer un peu plus une métaphore toute proche de la boxe, Guillaume Brabant compare la peinture à un corps-à-corps, à un « sport de combat. Moi, détaille-t-il, il m’arrive de piquer des colères, de retourner des trucs. C’est passionnant, et c’est une vie comme ça… » Mais une fois le tableau achevé, il y a la satisfaction du travail accompli, le plaisir simple de s’être vidé : après l’être, le néant. « On vit alors un moment de paix. Tu te poses et puis… ça va », exprime-t-il doucement.

    « la peinture est un sport de combat »

    Son regard témoigne d’une force intérieure prête à déplacer les montagnes, à faire tomber les avalanches, aussi. D’ailleurs, ce Jurassien de naissance trouve la région orléanaise, qu’il pratique depuis trente ans, un peu trop plate à son goût, et se verrait bien jouer la fille de l’air dans les années à venir. « Je crois que je peux être partout », dit-il quand on l’interroge sur son futur chez lui. Le peintre devrait alors déserter la rue de Bourgogne et ses virées entre potes. Il faudrait aussi laisser, à l’angle de la rue Solférino, son « cabinet curieux », qui fut autrefois l’antre d’un coiffeur orléanais. Un chauve chez un ancien coupe-tifs, c'est quand même un comble... 

    * En duo avec le peintre Philippe Berthommier.

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    • CV

      02/04/1968 : naissance à Salins-les-Bains (Jura)

      1988 : gagne le prix Jeune Talent au Salon des Artistes Orléanais

      1er/10/2017 : exposera avec Philippe Berthommier au Théâtre d’Orléans