Les Brèves

    Au fil de l’eau

    Joris Leclercq

    Descendre la Loire en canoë pendant un week-end ou une semaine ? C’est l’ « expérience » que propose Joris Leclercq via son entreprise Destination H2O, créée en 2015. Cet Orléanais, amoureux de la nature et de l’eau, prépare en parallèle une escapade en Mongolie, à la pagaie et en complète autonomie. L’aventure, c’est l’aventure !

    Benjamin Vasset

    Je suis un poisson ». Il ne faut pas le pousser beaucoup pour que Joris Leclercq évoque sa fascination pour le milieu aquatique. « C’est peut-être parce que je suis Verseau…, sourit-il. En tout cas, j’adore être dans l’eau. » En termes de comparaison, vu son gabarit plutôt impressionnant et ses biceps gonflés, il serait plutôt du genre brochet bien charpenté que poisson maigrelet. Pompier volontaire à Fleury entre ses heures de travail, le bonhomme a du muscle à revendre. Ça tombe bien, il en aura besoin dans deux ans, lorsqu’il se lancera à l’assaut des rivières sauvages de Mongolie pour une expédition à la pagaie qu’il effectuera en solitaire, sans assistance et à l’aventure complète. « J’aurai avec moi un traceur GPS, mais aucun moyen de secours à disposition », ajoute-t-il. En novembre dernier, il s’est échauffé sur la Loire, en glissant sur les ondes du Fleuve royal durant un gros mois, et par des températures qui ont parfois plongé dans le négatif. « C’était un test », avoue Joris Leclercq, qui prévoit, à terme, de monter des expéditions similaires tous les deux ans.

    L’eau, il l’apprivoise depuis ses six ans, âge auquel il a commencé à pratiquer le kayak dans l’Orléanais, une région qu’il a un temps quittée avant d’y revenir il y a deux ans. Il s’est risqué à la compétition, mais lui a rapidement préféré « l’itinérance », par souci d’évasion et besoin de liberté. C’est que le garçon aime la nature sans longs discours et sans en faire des tonnes. « Il ne faut pas assommer les gens d’informations », dit-il d’ailleurs en parlant de son entreprise, Destination H20, qu’il a créée il y a deux ans en remontant dans le Loiret. Aux traditionnelles locations de kayaks qui font florès sur les berges de Loire, Joris Leclercq propose un peu plus : il part avec ses clients durant un week-end, voire une semaine, à la découverte de la faune et de la flore locales, s’arrêtant pour bivouaquer sur des rivages ou sur des îles ligériennes. À l’ancienne et à l’authentique. « Moi, je fais le guide, précise-t-il. Et après, c’est la vie dans la nature. On cuisine en plein air, on monte les abris, on taille des outils en bois, on prend le temps de s’arrêter. On prend l’eau de la Loire, qu’on filtre directement. C’est pas : « j’arrive au camp » et la tente est montée… » Il y a un petit côté « retour en enfance » dans tout cela, qui rappelle le temps où l’on grimpait dans les arbres et où l’on dégustait des Chamallow au feu de bois les soirs de juillet. Dans un monde de plus en plus connecté et où l’obsession du confort crée des générations d’empâtés, la « coupure » et le retour aux sources proposés par Destination H20 ont de quoi séduire les foules, d’autant plus que les émissions de télés fantasmant l’autarcie robinsonnienne – souvent surjouée il est vrai – ont essaimé ces dernières années. « Dès le début de l’activité, ça a bien fonctionné, se réjouit l’entrepreneur, et la deuxième année, c’était encore mieux. Aujourd’hui, j’ai pu acheter du matos et former de nouveaux guides. » Il explique que jusqu’à la fin du mois d’août, tous ses week-ends ou presque seront pris, et qu’il ne reste que quelques créneaux disponibles en semaine. La veille de notre rendez-vous, il avait ainsi fini sa journée de boulot à minuit. « De retour de bivouac, il y a beaucoup de taf, explique-t-il. Il faut tout ranger, rincer les gilets… Et comme j’ai tout de suite eu la volonté de présenter des prestations de qualité. »

    « Avoir un coup d’avance »

    Ce ne sont en effet pas dans de vulgaires coques de noix que Joris Leclercq fait grimper ses clients, mais bien dans des canoës canadiens haut de gamme – ils peuvent charger jusqu’à 450 kg – que connaissent justement bien les habitants d’Acadie et d’à côté. « Là-bas, contrairement à la France, on a vraiment une tradition du canoë. Tous les cours d’eau y sont connectés. » De sorte que la clientèle de Destination H20 est composée en majorité d’étrangers – Canadiens et Écossais en premier lieu, paraît-il – ou de Parisiens venus aérer le temps de quelques jours leurs petits poumons engazolés. Ceux-là, pas plus que les autres, n’ont de risque de marcher en crabe en rentrant au bureau puisque, selon Joris Leclercq, « le canoë est un vrai sport de feignant ! Normalement, personne n’a de courbatures en revenant d’une escapade, d’autant que je ne fais jamais remonter le fleuve. On est tout le temps « en descente ». » Il paraît que certains peuvent s’y adonner jusqu’à la quatre-vingtaine rugissante, et que les entreprises sont elles aussi conviées à organiser des séminaires « en pleine nature ». « On peut monter des chapiteaux et des grandes toiles pour créer une ambiance de travail pas habituelle, détaille Joris Leclercq. On peut même organiser des jeux d’aventure ou des jeux de piste. J’ai d’ailleurs une boîte de Munich qui vient en octobre… »

    Amoureux de la nature, le garçon est ainsi loin d’être un doux rêveur. Visiblement malin et sachant renifler les bons coups, il jouit en outre d’une expérience de communicant qui lui permet de mener à bien sa barque et de savoir prendre les vents porteurs. « Il faut toujours avoir un coup d’avance, dit-il malicieusement. Parce que je suis dans un secteur où l’on copie beaucoup… » Le tout dit avec le Mac posé sur la table du bistrot, preuve qu’il ne gère pas ses affaires avec le crayon de papier derrière l’oreille et un boulier en guise de tiroir-caisse. Titulaire d’un Bac Pro maintenance automobile (qu’il n’a jamais mis à profit), Joris Leclercq a fourbi le plus gros de son expérience professionnelle au sein d’une agence de communication qu’il a lui-même montée à Montpellier au début des années 2010. « Je bossais pour une agence de voyage en tant que sous-traitant, raconte-t-il. Petit à petit, mon agence de comm’ s’est transformée en agence de kayak, un sport que je connaissais bien. J’ai fait trois saisons là-bas, je devais chapeauter douze guides et 150 gamins par jour. C’était l’usine ! » Souhaitant s’orienter vers une navigation un peu moins productiviste, Joris Leclercq passa alors son DGEPS et remonta – par la route – à Orléans, où étaient restés familles et amis, pour monter Destination H2O.

    « Je suis un poisson »

    Aujourd’hui, il gère tout de A à Z, de la communication en passant par la commercialisation de sa petite entreprise. « Je raconte de belles histoires, reconnaît-il, et je propose aux gens de découvrir des choses dont ils n’ont pas l’habitude. » Lucide sur son business et tranquille comme Baptiste, son tempérament « plutôt posé » est un atout précieux pour continuer à voguer en eaux calmes. Il avoue cependant que, dès le moment où il se retrouve dans son canoë, il « n’est plus » en « mode entreprise. » « Moi, j’ai besoin des deux : j’adore la technologie mais j’adore être déconnecté. C’est ce que permet la nature, où le mieux reste de ne rien faire et d’observer. Il n’y a qu’elle qui offre cette liberté… » Dont il écrit désormais le nom à l’encre de Loire...

    Les Brèves

    • CV

      15/02/1980 : naissance à Orléans

      2010 : monte une agence de comm’ à Montpellier

      2015 : crée Destination H2O