Les Brèves

    À toute vapeur !

    Les tramways de Sologne

    Au début des années 1900, trois tramways à vapeur commencent à sillonner le territoire solognot au départ d’Orléans. Ils étaient utilisés pour le transport des voyageurs, mais aussi des marchandises, jusqu’en 1934.

    Claire Seznec

    Il fut un temps durant lequel la Sologne était uniquement traversée par la ligne de train Orléans-Vierzon. Mais le 30 mars 1890, la commune de Jouy-le-Potier présenta une requête au Conseil général du Loiret de l’époque : il fallait plus de lignes pour relier la cité johannique à la Sologne. Dès lors, il fut proposé de construire une ligne de chemin de fer entre Orléans et Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher), une liaison très attendue pour avantager l’industrie et le commerce orléanais. Puis, en 1894, après de multiples discussions, on décida de prolonger la ligne d’Ouzouer-le-Marché jusqu’à Orléans. Ainsi naquit l’idée d’un tramway à vapeur en Sologne, desservant le sud du Loiret et plus loin, le Loir-et-Cher. D’Orléans à Cléry, d’Orléans à Isdes par Tigy et Jargeau, de Tigy à Châteauneuf et de Châtillon-sur-Loing à Nogent-sur-Vernisson… Autant de trajets furent alors étudiés par la commission des travaux publics du Département. Le coût estimé du projet ? 2 550 000 francs, allégés d’environ un million de francs par une subvention de l’État. Une déclaration d’utilité publique concernant le réseau de tramways fut même émise à la mi-mars 1903.

    Les premières lignes, elles, ouvrirent en 1905. L’une, longue de 49 km, reliait la gare des tramway d’Orléans, située dans le quartier Saint-

    Marceau, près de l’actuel Jardin des Plantes, à Neung-sur-Beuvron. Une seconde, de 47 km, partait de la cité johannique et rejoignait Isdes. Sur cette ligne, une antenne de quelques kilomètres permettait d’aller jusqu’à Châteauneuf-sur-Loire. L’année suivante, la première ligne précitée fut étendue de 30 km afin de rejoindre Romorantin et le réseau des tramways du Loir-et-Cher.

    93 km de voies dans le Loiret

    À Orléans, le pont Neuf fut terminé en 1905 également. Il permit aux tramways solognots de traverser la Loire et de rejoindre le centre-ville, jusqu’à l’actuel boulevard Jaurès, où se trouvait, dès lors, le terminus. Ce fut donc rapidement que le réseau des tramways de Sologne se mit en place dans l’Orléanais, mais aussi dans les trois départements de Sologne et du Val de Loire. Il était exploité par plusieurs compagnies : la Compagnie du Loir-et-Cher et les Tramways de Sologne. Sur une totalité de 156 km de rails, 93 étaient situés dans le Loiret. Trois trains à vapeur, dont les locomotives se nommaient Jeanne, Geneviève et Jargeau, y circulaient à raison de trois allers-retours par jour. À cette époque, les usagers appelaient le tramway « le petit tacot », sans doute en référence à « son allure tranquille », aux multiples « arrêts causés par les obstacles sur la voie » et « aux attentes prolongées », de fait, dans les stations…

    « Un tramway surnommé “petit tacot” par les usagers ! »

    Dans chaque gare, les locomotives faisaient le plein d’eau, de bois et de charbon. Et la fréquence était tout de même de trois allers-retours par jour sur chaque ligne. Au plus fort du trafic des tramways solognots, en 1910, 330 700 voyageurs et plus de 120 000 tonnes de marchandises furent transportés. Mais au début des années 1930, le trafic diminua de moitié à cause de la concurrence de la route, des autobus et des automobiles, alors en plein essor. Les lignes furent donc fermées en 1934. Quant à la gare de tramway de Saint-Marceau, elle ne fut détruite qu’en 1969, après avoir hébergé de nombreux commerces. 

    Source : Le Journal du Loiret (1894, 1905), le site internet des Archives d’Orléans.

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