Les Brèves

  • Qu’en disent les maires ?

    Lors de la présentation en conseil métropolitain du projet métropolitain, de ses ambitions et de sa méthode fédérative et solidaire, de nombreux élus ont pris la parole; avec pour la plupart des éléments de satisfaction.

    David Thiberge, maire PS de Saint-Jean-de-Braye : « C’est la première fois que l’agglomération se dote d’un projet aussi ambitieux et fédérateur même si, quand il faudra traduire tout cela en action, il y aura des discussions, je n’en doute pas… »

    Jean-Vincent Valliès, maire divers gauche de Chécy : « Le cap est ambitieux. Avec cette notion d’équilibre et de solidarité, on a les deux piliers forts pour que notre projet de territoire soit une réussite. »

    Maryvonne Hautin, maire PC de Saran : « Cette déclaration solennelle, c’est votre vision, pas celle partagée par les habitants. Faisons attention à ne pas vendre du rêve. »

Perspectives : Comment la métropole doit-elle s’imposer ?

Orléans Métropole

Orléans est maintenant une métropole. Elle joue dans la cour des grands mais reste, à l’échelle des villes structurantes de l’Hexagone, une petite entité. Alors, comment compter ? Comment se démarquer et attirer les investisseurs, les sièges sociaux et les entreprises ? Comment exister au plan national et international ? C’est tout l’enjeu du projet métropolitain qui est venu marquer, la semaine dernière, les points faibles et les points forts du territoire. Désormais s’entame une nouvelle phase : celle du développement métropolitain pour les 10 à 15 ans à venir.

Philippe Hadef

Orléans compte aujourd’hui parmi le cercle très fermé des 22 métropoles françaises. Mais ce statut, à lui seul, ne suffit pas à engager une dynamique, notamment économique. Il s’agit maintenant de jouer des coudes au sein de ce groupe restreint pour se montrer et susciter de l’envie. Si l’on excepte Paris, cinq métropoles jouissent naturellement d’une situation de leader (Marseille-Aix, Lyon, Lille, Bordeaux et Toulouse). Cinq autres forment ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler les « métropoles intenses » (Nantes, Strasbourg, Rennes, Grenoble et Montpellier), comprenez des villes à fort potentiel, plus abordables que les cinq précitées, et qui attirent investisseurs, cadres supérieurs, chercheurs, etc.

Il y a, enfin, le peloton de celles qui espèrent un jour sortir de la masse pour intégrer cette catégorie pour, elles aussi, donner des idées, générer une forme de désir et, in fine, devenir des terres d’accueil privilégiées pour des projets à forte valeur ajoutée et pourvoyeurs d’emploi. Orléans, parce qu’elle est aussi une capitale régionale, n’est pas la moins bien placée pour réussir ce changement de catégorie qui ferait toute la différence. D’ailleurs, si l’on regarde un peu en arrière, Nantes et Rennes n’étaient, en 1999, pas si éloignées de l’agglo orléanaise en termes de rayonnement. Dix ans plus tard, il en était autrement…

Le ferroviaire, une grosse épine dans le pied

Structure initiée en 2003, le conseil de développement de la métropole orléanaise – que l’on pourrait aussi dénommer « conseil des sages » – a soumis un document qui pointe les faiblesses de la métropole et quelques pistes de réflexion, voire d’actions potentielles. Le premier point est un constat qui s’appuie également sur des travaux universitaires réalisés il y a quinze ans : les sièges sociaux majeurs et le pourcentage de cadres supérieurs sont en recul sur l’agglo orléanaise, alors que la tendance est inverse dans d’autres métropoles. Le taux de chômage, qui est aujourd’hui proche de la tendance nationale, a lui presque doublé entre 2008 et 2016 sur notre territoire. Là encore, ce n’est pas le cas dans les autres agglomérations d’importance.

Pour inverser cette courbe et profiter de l’opportunité que crée le statut de métropole, laquelle pourra dorénavant légitimement s’asseoir à la même table que la Région et l’État dans le cadre de l’élaboration des plans pluriannuels, plusieurs enjeux sont définis. Le premier est évidemment économique. Pour le conseil de développement, le projet Interives est un levier important. Mais son étalement dans le temps, en revanche, est un handicap. La gare des Aubrais est aussi une épine dans le pied de la métropole : faute d’une véritable gare métropolitaine, le territoire perd en lisibilité et, de fait, en attractivité. Plus largement, le ferroviaire qui, depuis sa création, a toujours été un accélérateur économique, n’est pas non plus un des points forts d’Orléans Métropole. La liaison avec Paris est ainsi une source d’angoisse et la ligne TGV qui, il faut le dire, ne verra probablement jamais le jour, ne peut plus être la solution aux maux des Orléanais. On relèvera aussi l’indigence des connexions avec les grands axes ferroviaires et aéroportuaires européens.

Il y a donc urgence à entamer un dialogue intense avec la SNCF. Le conseil de développement conforte cet impératif en proposant des alternatives : une plus grande efficacité et un meilleur cadencement des liaisons ferroviaires vers les aéroports parisiens – via le réseau express du Grand Paris –, un retour à l’efficience dans la liaison avec Paris, et, pourquoi pas, dans le cadre du renouvellement des trains Corail, l’adaptation (aujourd’hui un standard européen) d’équipements permettant de circuler sur les lignes LGV réglant de fait la problématique d’accès à Roissy et Orly. Enfin, dans le cadre d’un renforcement de l’axe ligérien, une liaison à fort cadencement avec Tours pourrait jouer un rôle majeur.

Quand la santé va…

L’économie d’aujourd’hui – et encore plus de demain – a des besoins de développement qui ne cadrent pas nécessairement à l’offre foncière des zones d’activité. Une remise à plat semble donc nécessaire, notamment pour conserver dans l’espace métropolitain les start-up qui se développent au sein des incubateurs locaux. Mais s’il faut savoir conserver ses pépites et leur permettre de se développer, il est tout aussi impératif d’attirer des entités de grande taille en recherche de terrains. Et ici, la connectivité ferroviaire, routière, ainsi que la disponibilité d’un foncier de qualité ne suffisent pas, puisqu’on n’attire pas des mouches avec du vinaigre…

« Orléans Métropole, ce doit être un territoire de réussites »
Olivier Carré, président d’Orléans Métropole

Il en est de même pour les entrepreneurs en phase de développement et d’investissement : le cadre de vie est tout aussi important. Cela inclut évidemment la dynamique culturelle mais plus encore, le système de santé. Et dans ce domaine encore, la faiblesse d’Orléans est avérée et même structurelle. Si la qualité du CHRO n’est pas à remettre en cause, cet établissement n’a pas la capacité et les missions d’un CHU, véritable cœur du système universitaire de santé. Et le conseil de développement de rappeler une évidence dans ce rapport : les départements pourvus d’un CHU ont un taux de couverture médical supérieur à la moyenne.

Imaginer transformer le CHRO en CHU est certes une utopie, mais d’autres pistes existent. Un CHU à deux pôles, piloté par Tours, serait, selon les « sages », une première piste. Mais pourra-t-on compter sur nos voisins pour tendre la main à la capitale ? Dans ce cas de figure, le conseil de développement propose un rapprochement avec un ou plusieurs CHU parisiens dont certains, semblent-ils, manquent d’espace pour accueillir leurs étudiants.

Une unité indispensable

Outre ces éléments que nous avons développés, le rapport du conseil de développement, certes synthétique, aborde nombre d’autres points. Car pour s’imposer à terme dans le cercle des villes en mouvement au plan national et international, c’est une multitude de leviers qu’il faut pouvoir actionner, le tout avec une alchimie fine. La Métropole saura-t-elle se mettre en action ? Les acteurs politiques pourront-ils conserver une unité réelle lorsque des décisions – dont probablement certaines seront complexes – serviront le bien commun au détriment d’intérêts particuliers ? Pour ce qui concerne le nouveau président d’Orléans Métropole, la marque du territoire doit, à terme, être perçue ainsi de l’extérieur : « Orléans Métropole, ce doit être un territoire de réussites. »

Les Brèves

  • Métropole, mais aussi capitale…

    Orléans Métropole doit à la fois veiller à son rayonnement national pour assurer son développement, mais également agir sur son territoire en tant que capitale. Un rôle qu’elle n’a pas véritablement joué jusque-là, ont déjà fait remarquer certains autres territoires de la région. Olivier Carré semble avoir des envies sur ce terrain, et il l’a exprimé ainsi : « Orléans Métropole doit créer des alliances au sein de sa zone urbaine en accord avec le Conseil départemental. La politique d’Orléans Métropole renforcera ainsi la dynamique du Loiret dans l’intérêt de tous. Avec la Région et l’État, nous devons également nouer des partenariats forts, afin que notre capitale puisse pleinement remplir son rôle de catalyseur d’énergies et de locomotive au sein du Val de Loire. Enfin, la capitale de la région Centre-Val de Loire se propose d’être le leader d’un pacte métropolitain « Villes du Val de Loire » en fédérant les autres villes régionales autour de politiques universitaires, touristiques et numériques qui feront l’objet d’accords de coopération. » Reste à savoir comment cette volonté de « politiques régionales co-construites » sera vécue par les autres grandes cités du territoire régional…