Les Brèves

    La culture au bord de l’eau

    La Fête des Duits

    Pendant cinq jours en août, l’île sauvage d’Orléans, au milieu de la Loire, sera de nouveau la scène de la Fête des Duits. Une manière de dire que la culture ne s’arrête pas pendant les vacances et qu’elle peut sortir des sentiers balisés…

    Claire Seznec

    À Orléans, au sud de la Loire, l’association Nanoprod a créé la Fête des Duits. Pour la septième année consécutive, l’événement va s’installer, du 11 au 16 août, sur l’île complètement sauvage située entre les deux rives du fleuve, en plein cœur de la métropole. « En plein mois d’août ? », demanderez-vous. Oui, car l’idée de cette fête est de « croire en sa ville » même pendant les vacances, alors que beaucoup d’Orléanais sont partis vers d’autres horizons. « La culture ne s’arrête pas en juin ! Pourquoi se mettre en vacances lorsqu’on est créateur ? », questionne Arnaud Méthivier, le directeur artistique de l’association Nanoprod.

    Partant de ce postulat, celui-ci a décidé de mettre en scène de nombreux artistes en arts plastiques comme en arts vivants. Ils sont libres de faire ce qu’ils souhaitent et d’être là à n’importe quelle heure, chose rare dans le monde de la culture, dans lequel tout est programmé au millimètre. Cela ne veut pas dire que la fête, les spectacles et les œuvres sont irréfléchis, bien au contraire : le public est finalement partie prenante de l’art, il s’en empare et en débat. « Aux Duits, chacun apporte quelque chose. Ce peut être de la générosité, de la curiosité, de la patience, du désir, du savoir-faire, de l’intelligence…, décrit Arnaud Méthivier. C’est de là que l’événement puise son caractère. On est loin de la consommation de la culture. » La faune et la flore « formidables » du lieu y participent grandement. Sans doute est-ce pour cette raison que cette édition de la Fête des Duits sera un safari de plus d’un kilomètre au beau milieu des fleurs et des arbres de l’île. Les publics traverseront la Loire, toujours sur le pont flottant, et déambuleront sur le parcours. « Les visiteurs croiseront peut-être des animaux ou des artistes, mais peut-être pas, comme dans un véritable safari, sourit le directeur artistique. Le matin et le soir, il y aura des guides, pour avoir l’assurance de voir les œuvres. »

    Un safari d’émotions

    Une autre des originalités de la Fête des Duits est que l’initiative vient d’un créateur, Arnaud Méthivier. En France, peu d’événements culturels sont créés par les artistes eux-mêmes. Et pour « Nano », la Fête fait partie intégrante de l’œuvre. « C’est difficile à faire comprendre au public, aux élus et aux mécènes, confie le directeur artistique. C’est simplement qu’on est en dehors des codes actuels de la culture, simplement par le fait d’investir des lieux habituellement déserts à une période où rien ne se fait. » Et, bien entendu, par le fait qu’il n’y a pas de programme avec des horaires. Le seul fil rouge ? Le thème, changeant chaque année. Pour cette édition, le choix s’est porté sur la notion de « concorde », soit l’entente, l’accord, l’harmonie. Tout un symbole, lorsqu’on se souvient qu’une place parisienne et un avion en portent le nom. Mais qu’est-ce que la « concorde » et quelle est sa place dans la société ? « L’objectif est de provoquer un début de démarche et de réflexion, précise Arnaud Méthivier. Ce temps est pour nos voisins, les citoyens, ces créateurs de la vie orléanaise. »

    « Aux Duits, on est loin de la consommation de la culture »
    Arnaud Méthivier 

    Grâce à la conviction que les habitants peuvent échanger leurs compétences, offrir du temps aux autres et faire profiter de leur savoir, le directeur artistique espère « reconquérir le terrain de l’émotion » par la poésie, et non plus par la peur : « aujourd’hui, le terrorisme est omnipotent. C’est lui qui crée l’émotion. Nous, on veut que la culture reprenne sa place ! » 

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    • Bientôt un accès aux PMR ?

      L’association Nanoprod souhaite posséder une Joëlette, chaise à porteur tout terrain, pour La Fête des Duits. Cela permettrait aux personnes à mobilité réduite (PMR) de pouvoir accéder à l’île sauvage de Loire. Dans ce cadre, l’association cherche donc un mécène ou un partenaire. L’objectif est que cette chaise aille jusqu’en Corse, pour le festival Arti Muntagnera – La transhumance des arts, également organisé par Nanoprod, en septembre.