Les Brèves

    Bains de nuit, plein d’ennuis...

    Dans les PISCINES DU LOIRET

    L’été, après la fermeture, certaines piscines municipales et bassins d’exposition sont pris d’assaut par des jeunes. Outre le fait de braver les interdits, ceux-ci seraient agressifs envers les autorités venues les déloger. Face à ce phénomène, élus et professionnels se sentent totalement démunis.

    Claire Seznec

    Lorsque les températures deviennent estivales, les piscines municipales se remplissent de joyeux nageurs et barbotteurs. À tel point que de nombreux jeunes décident parfois de s’y baigner en dehors des heures d’ouverture. Dimanche dernier au matin, des gendarmes sont ainsi venus constater les dégradations commises par un groupe d’individus venus faire trempette la veille au soir dans la piscine intercommunale de Méréville, située dans le sud de l’Essonne, aux portes du Loiret. « Cette pratique est vieille comme le monde, maugréait un maître-nageur surveillant ce plan d’eau, mais maintenant, les gars signent leur crime en flanquant des panneaux et des objets dans le bassin ! »

    Plus près de nous, la piscine municipale de Meung-sur-Loire a aussi été plusieurs fois le théâtre d’occupations intempestives durant le mois de juin. Déjà, en 2015, des faits similaires avaient été enregistrés. La piscine, découverte, est effectivement accessible : située en bord de Loire, la zone est protégée, les grillages et le portail sont donc bas et faciles à enjamber. « Des bandes de dix à cinquante jeunes gens prennent d’assaut le bassin, juste après la fermeture des lieux, à partir de 19h30, précise Pauline Martine, la maire de Meung-sur-Loire. Cela dit, il y a aussi des moins jeunes, puisque certains sont venus avec des enfants en bas âge… » D’après elle, certains riverains sont « outrés » de ce qu’ils voient, lorsqu’ils passent devant la piscine fermée. Il faut dire que chaque jour, environ 10 000 personnes s’y baignent en respectant les horaires d’ouverture. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles l’élue souhaite « ne rien lâcher » dans cette affaire et ne pas laisser faire ces événements.

    « Choquant et gênant »

    Mais le problème soulevé n’est pas simplement de braver les interdits, c’est celui de l’incivilité. « Quand je suis intervenue avec d’autres élus et des forces de police et de gendarmerie, nous avons reçu une pluie d’insultes et de menaces de mort », raconte la maire. Elle précise qu’un des protagonistes concernés, croisé dans un supermarché, s’est excusé auprès d’elle, estimant « avoir été trop loin ». Ce qui interroge tout de même : pourquoi ce déferlement de violence ? Et, surtout, comment y faire face ? Pour le moment, aucune réponse n’a été émise, ni par les élus, ni par les professionnels, ni par les autorités. L’effet de masse pourrait motiver ces jeunes et les rendre plus agressifs vis-à-vis des représentants de l’autorité. Si cette violence reste généralement verbale, elle se traduit parfois par des actes physiques. « À Beaugency, un soir, les gendarmes auraient sorti de la piscine plusieurs jeunes, complète Pauline Martin, ayant eu vent de l’affaire. Et ces derniers ont vandalisé la voiture de la gendarmerie, alors garée près des lieux… »

    Quand le maître-chien se fait « courser »…

    Dans certaines communes de la métropole d’Orléans, les intrusions sont tout aussi récurrentes. Toujours lorsqu’il fait chaud, les piscines sont prises d’assaut par des jeunes, souvent majeurs. Même chez les… pisciniers, à l’instar de Woestelandt Piscines, à Saint-Pryvé-Saint-Mesmin. « Ils attendent que je parte, donc on est observé, et ils viennent se baigner dans les bassins d’exposition. Parfois, il y a de la casse », raconte Isabelle Barcello, employée de la société. Et une vidéosurveillance accrue n’empêche rien.

    De cela découle encore une autre préoccupation : la sécurité de ces jeunes. Selon des témoignages de riverains reçus par l’entreprise, certains sautent dans l’eau depuis un abri de piscine. « Ils risquent de se cogner la tête contre la pierre, c’est très dangereux », alerte Isabelle Barcello qui, depuis cinq ans que ces faits se répètent, se sent démunie. D’autant que le recours aux forces de l’ordre se solde, encore une fois, par des incivilités. L’année dernière, l’entreprise a fait appel à des maîtres-chiens pour éviter les intrusions. « Vous ne me croirez jamais, mais ils se sont fait courser par les jeunes », affirme l’employée. Le scénario se serait répété dans d’autres communes, soit à l’encontre de forces d e l’ordre, soit à l’encontre d’élus. « Il y a une montée de l’irrespect, c’est choquant et gênant, confie Isabelle Barcello. J’ai même du mal à poser des mots dessus. »

    « Ils viennent même se baigner dans les bassins d’exposition ! »
    Isabelle Barcello, employée chez Woestelandt Piscines    

    Pour l’heure, l’entreprise Woestelandt Piscines a porté plainte, mais presque chaque lundi matin, la police l’informe qu’elle a, pendant le week-end, délogé des jeunes de la piscine exposée. Concernant la piscine de Meung-sur-Loire, la maire a saisi le ministère de l’Intérieur et la nouvelle députée de la deuxième circonscription, Caroline Janvier. Cette dernière a affirmé son soutien à l’élue et, après « avoir pris ses marques à l’Assemblée nationale », elle devrait « voir comment agir » face à la violence de ces intrus.

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