Les Brèves

    L’aérotrain, un rêve inachevé

    Histoire du Loiret

    Entre 1965 et 1974, l’ingénieur Jean Bertin a inventé l’aérotrain, un moyen de transport révolutionnaire pour l’époque, fonctionnant sur coussins d’air. Des essais avaient été faits dans le Loiret, entre Artenay et Orléans ; c’est là que sa vitesse de 430 km/h avait été atteinte. Un record sur Terre. 

    Claire Seznec

    S’il n’est pas originaire d’Orléans, l’ingénieur Jean Bertin y a réalisé son plus important projet, même s’il n’a jamais abouti commercialement. Il s’agit de l’aérotrain, un concept que Bertin a exposé en janvier 1963 lors d’une conférence parisienne sur les véhicules à coussins d’air avec moteur à propulsion. Ce transport circulait sur un sol plan et à une hauteur de vol très fiable. Un prototype à échelle réduite avait été réalisé dès le mois suivant. Son premier essai s’était déroulé en décembre 1965 sur un seul kilomètre de voie (sur les 6,7 prévus) et le prototype « atteignit sans mal 90 km/h, vitesse élevée sur une si courte distance », écrivit alors le journaliste Stéphane Bastien.

    Quelques mois plus tard, la voie terminée, la vitesse de l’engin grimpa jusqu’à 200 km/h. Mais à cette époque, la SNCF réfléchissait à atteindre une vitesse de 140 à 160 km/h pour certains trains de luxe, qu’on appelle aujourd’hui TGV.

    Concurrent du TGV

    « L’avion sans aile », lui, fut sans cesse modifié par les ingénieurs travaillant avec Jean Bertin. Si bien qu’en novembre 1967, le ministère des Transports souhaita créer une ligne de 86 km pour rallier Lyon-Bron et Grenoble en trente minutes, en vue des Jeux Olympiques. Mais le Gouvernement ne prit pas une décision assez rapide et le projet tomba à l’eau. Un mois plus tard, il fut tout de même décidé d’une voie d’essai entre Paris et Orléans. En décembre 1968, les dix-huit kilomètres de voie, situés à dix mètres au-dessus du sol et avec un monorail en forme de T renversé, entre Artenay et Orléans étaient terminés.

    « En octobre 1973, il atteignit les 400 km/h »

    Le véhicule, l’Aérotrain I-80, comportait 80 places et devait avoir une vitesse de croisière de 250 km/h. Il avait été présenté au Bourget en juillet 1969 avant les premiers essais. « En octobre 1973, il fut modifié pour les très grandes vitesses, recevant un turbo-réacteur d’avion de ligne, écrivit encore Stéphane Bastien. Très vite, il atteignit les 400 km/h. » Le record mondial de vitesse pour un véhicule terrestre à coussins d’air fut battu le 5 mars 1974 avec cet engin. La vitesse moyenne ? 417,6 km/h, avec une pointe à 430 km/h. Mais en vue d’une commercialisation, Jean Bertin conclut qu’économiquement, la vitesse ne devait pas dépasser les 350 km/h. Devant ces résultats pour le moins impressionnants, une première mise en service entre La Défense et Cergy, en région parisienne, fut signée en juin 1974. Mais à peine un mois plus tard, le Gouvernement fit savoir qu’il ne voulait plus construire la ligne. À la place, le projet du TGV fut mené avec la construction d’une première ligne, entre Paris et Lyon. L’aérotrain fit son dernier voyage le 10 septembre 1974. Et son inventeur décéda en décembre de l’année suivante.

    Aujourd’hui, si on peut encore apercevoir la structure sur laquelle aurait dû circuler l’aérotrain, ce dernier n’existe plus. Le dernier prototype commercial est parti en fumée dans un incendie, en 1992. 

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