Les Brèves

    Le maraîchage pour se réinsérer

    Les Jardins du Cœur

    À Saint-Jean-de-Braye, une dizaine de personnes en insertion travaillent dans un « Jardin du Cœur ». Ils y produisent des légumes pour les bénéficiaires des Restos du Cœur du Loiret. Mais ils y reprennent surtout des habitudes pour se (re)lancer, ensuite, dans le monde du travail. Claire Seznec


    Dans trois hectares de verdure, près de la zone des Bas-Avaux, à Saint-Jean-de-Braye, quelques serres blanches, dont une semble en montage. Pendant deux jours, les 12 et 13 mai, le Jardin du Cœur, géré par l’association des Restos du Cœur, a ouvert ses portes. Un événement, puisque cela ne se produit qu’une fois par an. Dès neuf heures du matin, les particuliers ont fait la queue sur la petite route qui mène au maraîcher. « On vend des plants de légumes et de fleurs : ça permet de faire connaître le Jardin, d’avoir une petite rentrée d’argent et de valoriser le travail des salariés en insertion », décrit Yves Mérillon, le responsable des Restos du Cœur du Loiret. Avec plusieurs bénévoles des Restos du Cœur, ces derniers s’affairent en remplissant des cagettes et des brouettes de petites plantes.

    Objectif emploi

    Car les Restos du Cœur, ce n’est pas seulement de l’aide alimentaire. L’association œuvre aussi dans les relations sociales et les relations socio-professionnelles. Pour ça, elle a créé, il y a de ça de nombreuses années, des chantiers d’insertion sur tout le territoire français. Au total, on en compte 102. Dans le Loiret, il y en a trois : à Lorris, Gien et Saint-Jean-de-Braye. Tous sont ce qu’on appelle les Jardins du Cœur. Celui de Saint-Jean-de-Braye a été créé au début des années 1990. « L’objectif est d’insérer socio-professionnellement les personnes les plus éloignées de l’emploi grâce à une activité économique et de les remettre sur les rails », expose Yves Mérillon. Ces personnes sont généralement orientées par Pôle emploi. Il faut d’ailleurs un agrément de cette structure pour entrer dans le dispositif des Restos du Cœur. Selon les saisons, entre 12 et 15 salariés en insertion travaillent au Jardin de Saint-Jean-de-Braye. Ils y plantent des légumes, en prennent soin, les récoltent. Au total, dans les trois Jardins du Cœur du département, une quarantaine de tonnes de légumes sont tout de même produites et distribuées chaque année aux bénéficiaires des Restos du Cœur.

    « Lever les freins du logement, du budget et parfois de la justice »
    Virginie Martin, conseillère professionnelle au Jardin du Cœur de Saint-Jean-de-Braye

    Le Jardin du Cœur agit comme un sas entre le chômage, souvent de longue voire très longue durée, et l’entreprise. Et ce même si les salariés en insertion doivent construire eux-mêmes leurs parcours pendant la durée de leur contrat, qui va de quinze jours à deux ans maximum. « Les salariés en insertion viennent 24 heures par semaine dans le maraîcher, précise le responsable. Les conditions sont particulières puisque, comme la production de légumes est distribuée aux Restos du Cœur, il n’y a pas de pression de rendement. » D’ailleurs, lors du recrutement, le responsable pose la question : « est-ce que les Restos peuvent apporter quelque chose à cette personne ? », plutôt que : « est-ce que cette personne va apporter un plus au Jardin ? ». Une nuance primordiale pour aborder correctement l’aspect social des Restos du Cœur.

    Redonner des habitudes

    Pour aider les salariés en insertion dans les démarches vers l’emploi, deux encadrants techniques et une conseillère d’insertion professionnelle travaillent au Jardin de Saint-Jean-de-Braye. Le travail le plus important ? « Lever les freins du logement, du budget, de la justice parfois », répond Virginie Martin, la conseillère qui travaille au Jardin depuis maintenant quatre ans. Et puis échanger sur le projet professionnel, les orientations, les stages, le curriculum vitae, la lettre de motivation. Car si aujourd’hui, les personnes en insertion travaillent dans un maraîcher, le but n’est pas qu’ils en fassent leur métier. Agissant comme un support, le Jardin du Cœur redonne des habitudes parfois perdues, parfois jamais eues. Respecter les horaires, travailler en équipe, rencontrer des entreprises, apprendre à chercher un emploi… Autant de paramètres à prendre en compte pour pouvoir être renouvelé en CDD. À Saint-Jean-de-Braye, la plupart des salariés en insertion partent au bout de dix-huit mois. Mais d’autres n’ayant pas respecté les règles de base du monde du travail (une tenue correcte, le respect de l’horaire) se voient refuser un renouvellement. « C’est pourquoi nous proposons beaucoup de stages en entreprise : ça montre la réalité du monde du travail, que ce qu’on explique sur le fonctionnement d’une entreprise n’est pas juste une théorie », complète Virginie Martin.

    Mais ce qui inquiète surtout Yves Mérillon, ce sont les quelques jeunes au chômage : « ils sont totalement déconnectés de la réalité, confie-t-il. Beaucoup n’ont jamais travaillé et ne comprennent pas le pourquoi des règles. » Ce problème semble moins important chez les personnes plus âgées. Diversifier les âges au sein du Jardin a donc semblé une bonne chose pour les Restos du Cœur. « Nous faisons aussi en sorte qu’il n’y ait qu’une personne souffrant d’addiction (à l’alcool ou à la drogue) pour ne pas créer de petits groupes », complète le responsable des antennes loirétaines de l’association. Une diversité qui semble fonctionner puisque certains anciens salariés en insertion donnent des nouvelles ou rendent visite aux bénévoles lors des portes ouvertes du Jardin du Cœur.

    Les Brèves

    • Maîtriser le français

      Il y a quelques temps déjà, les conseillers professionnels des trois Jardins du Cœur du Loiret ont lancé une alerte : de plus en plus de salariés en insertion maîtrisent mal la langue française, au point de ne pas pouvoir avoir un entretien d’embauche. Sur le site de Saint-Jean-de-Braye, un réseau de cinq bénévoles des Restos du Cœur s’est donc mis en place. Deux heures par semaine, avec un bénévole pour un à deux « élèves », ils enseignent le français, mais aussi le calcul aux personnes les plus dans le besoin.